Deuil en islam : durée, règles de la veuve et ʿidda
Deuil en islam : trois jours pour les proches, quatre mois et dix jours d’ʿidda pour la veuve. Ce qui est permis, ce qu’elle évite, quand consulter un imam.

Le deuil en islam a des règles simples et claires. Vous venez de perdre un proche, ou votre mari, et vous vous demandez ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. La réponse tient en peu de mots : le deuil en islam dure trois jours au plus pour un proche, et quatre mois et dix jours pour la veuve, soit toute la durée de son ʿidda, la période d’attente qui suit la mort du mari. Ce guide reprend chaque règle avec sa preuve, sépare ce qui vient du Coran et de la Sunna de ce qui vient des coutumes, et dit clairement quand demander l’avis d’un imam.
Combien de temps dure le deuil en islam ?
Le deuil musulman a une durée fixée par le Prophète ﷺ lui-même. Zaynab bint Abî Salama raconte qu’à la mort d’Abû Sufyân, sa fille Umm Habîba, épouse du Prophète ﷺ, attendit le troisième jour, puis demanda un parfum et s’en mit sur les joues et les avant-bras. Elle expliqua :
لاَ يَحِلُّ لاِمْرَأَةٍ تُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ أَنْ تُحِدَّ عَلَى مَيِّتٍ فَوْقَ ثَلاَثٍ، إِلاَّ عَلَى زَوْجٍ، فَإِنَّهَا تُحِدُّ عَلَيْهِ أَرْبَعَةَ أَشْهُرٍ وَعَشْرًا
Lâ yahillu li-mraʾatin tuʾminu billâhi wal-yawmi-l-âkhir an tuhidda ʿalâ mayyitin fawqa thalâth, illâ ʿalâ zawj, fa-innahâ tuhiddu ʿalayhi arbaʿata ashhurin wa ʿashrâ.
Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de porter le deuil d’un mort plus de trois jours, sauf pour son mari : pour lui, elle porte le deuil quatre mois et dix jours.
Zaynab bint Jahsh, autre épouse du Prophète ﷺ, fit de même à la mort de son frère, avec les mêmes paroles (al-Bukhârî 5335). Elles n’avaient pas envie de se parfumer : elles voulaient montrer que le deuil s’arrête là où Allah l’a arrêté.
Il y a donc deux deuils en islam :
- le deuil pour un proche, trois jours au plus : une permission donnée à la femme, qu’elle peut observer ou non ;
- le deuil de la veuve (ihdâd), quatre mois et dix jours, qui est une obligation.
Ce cadre est une miséricorde. Avant l’islam, la veuve restait enfermée une année entière, dans ses plus mauvais habits. Le Prophète ﷺ l’a rappelé à une mère inquiète pour sa fille veuve : إِنَّمَا هِيَ أَرْبَعَةُ أَشْهُرٍ وَعَشْرٌ … — innamâ hiya arbaʿatu ashhurin wa ʿashr… — « Ce ne sont que quatre mois et dix jours… », alors qu’à l’époque de l’ignorance, la veuve attendait la fin de l’année (al-Bukhârî 5336).
Pleurer un mort : ce que l’islam permet dans la tristesse
La tristesse n’est pas un manque de foi. Quand son fils Ibrâhîm, encore bébé, rendait son dernier souffle, les yeux du Prophète ﷺ se mirent à couler. ʿAbd ar-Rahmân ibn ʿAwf s’étonna : « Toi aussi, Messager d’Allah ? » Il répondit : « … C’est une miséricorde », puis ajouta :
إِنَّ الْعَيْنَ تَدْمَعُ، وَالْقَلْبَ يَحْزَنُ، وَلاَ نَقُولُ إِلاَّ مَا يَرْضَى رَبُّنَا، وَإِنَّا بِفِرَاقِكَ يَا إِبْرَاهِيمُ لَمَحْزُونُونَ
Inna-l-ʿayna tadmaʿ, wal-qalba yahzan, wa lâ naqûlu illâ mâ yardâ rabbunâ, wa innâ bi-firâqika yâ Ibrâhîmu la-mahzûnûn.
Les yeux pleurent, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur. Ô Ibrâhîm, ta séparation nous attriste profondément.
Une autre fois, au chevet de Saʿd ibn ʿUbâda, le Prophète ﷺ pleura et dit : … إِنَّ اللَّهَ لاَ يُعَذِّبُ بِدَمْعِ الْعَيْنِ، وَلاَ بِحُزْنِ الْقَلْبِ، وَلَكِنْ يُعَذِّبُ بِهَذَا ـ وَأَشَارَ إِلَى لِسَانِهِ ـ أَوْ يَرْحَمُ … — … Inna-llâha lâ yuʿadhdhibu bi-damʿi-l-ʿayn, wa lâ bi-huzni-l-qalb, wa lâkin yuʿadhdhibu bi-hâdhâ — wa ashâra ilâ lisânihi — aw yarham… — « … Allah ne châtie ni pour les larmes des yeux, ni pour la tristesse du cœur ; Il châtie pour ceci — et il montra sa langue — ou Il fait miséricorde… » (al-Bukhârî 1304).
Ce qui est permis, et souvent bienfaisant :
- pleurer, seule ou entourée, autant que vous en avez besoin ;
- parler du défunt, de ses qualités, de vos souvenirs ;
- dire votre peine à vos proches, à une amie, à un imam ;
- invoquer pour lui, faire l’aumône en son nom : voyez les invocations pour un défunt ;
- recevoir les condoléances et être entourée : voyez les condoléances en islam.
Ce qui est interdit : lamentations, coups, vêtements déchirés
Ce que la Sunna interdit, c’est la douleur qui devient révolte, à la manière de la Jâhiliyya, l’époque d’ignorance avant l’islam. Le Prophète ﷺ a dit :
لَيْسَ مِنَّا مَنْ لَطَمَ الْخُدُودَ، وَشَقَّ الْجُيُوبَ، وَدَعَا بِدَعْوَى الْجَاهِلِيَّةِ
Laysa minnâ man latama-l-khudûd, wa shaqqa-l-juyûb, wa daʿâ bi-daʿwâ-l-jâhiliyya.
N’est pas des nôtres celui qui se frappe les joues, déchire le haut de ses vêtements et lance les cris de la Jâhiliyya.
Concrètement, sont interdits :
- la lamentation (niyâha) : cris et plaintes qui énumèrent les qualités du mort en accusant le destin, une pratique de la Jâhiliyya (Muslim 934) ;
- se frapper le visage, la poitrine, se griffer ;
- déchirer ses vêtements, se raser la tête, crier sa douleur (al-Bukhârî 1296, Muslim 104) ;
- les paroles de révolte contre Allah : « pourquoi lui », « ce n’est pas juste ».
Des sanglots que l’on ne retient pas ne sont pas visés. Allah connaît votre cœur.
Le deuil pour un proche : trois jours au plus
Pour un père, une mère, un enfant, un frère, une sœur ou une amie, le hadith permet à la femme de porter le deuil trois jours au plus. C’est une permission, pas une obligation : elle peut, pendant ces trois jours, laisser de côté parfum et parure. Au-delà, elle reprend une apparence ordinaire, même si la tristesse, elle, demeure. Elle n’a pas de date limite.
Pour tous, hommes et femmes, ces trois jours sont aussi, selon la majorité des savants, ceux des condoléances ; celui qui était absent peut les présenter plus tard. On reçoit les visites ; les proches et les voisins viennent, apportent à manger à la famille, la déchargent des tâches du quotidien. C’est à l’entourage de nourrir la famille du défunt (at-Tirmidhî 998, hadith hasan, c’est-à-dire bon, selon at-Tirmidhî et al-Albânî), et non l’inverse.
Le deuil de trois jours ne remplace pas les démarches, qui commencent dès les premières heures. Si vous vivez en France, elles sont détaillées dans notre guide Décès d’un musulman en France : les démarches à faire.
L’ʿidda de la veuve : quatre mois et dix jours
Pour la veuve, le Coran fixe lui-même la durée :
وَالَّذِينَ يُتَوَفَّوْنَ مِنكُمْ وَيَذَرُونَ أَزْوَاجًا يَتَرَبَّصْنَ بِأَنفُسِهِنَّ أَرْبَعَةَ أَشْهُرٍ وَعَشْرًا ۖ فَإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِيمَا فَعَلْنَ فِي أَنفُسِهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ ۗ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ
Wa-lladhîna yutawaffawna minkum wa yadharûna azwâjan yatarabbasna bi-anfusihinna arbaʿata ashhurin wa ʿashrâ, fa-idhâ balaghna ajalahunna fa-lâ junâha ʿalaykum fîmâ faʿalna fî anfusihinna bil-maʿrûf, wallâhu bimâ taʿmalûna khabîr.
« Ceux d’entre vous que la mort emporte et qui laissent des épouses : celles-ci attendent quatre mois et dix jours. Une fois ce terme atteint, on ne vous reprochera pas ce qu’elles feront d’elles-mêmes, de façon convenable. Allah est bien informé de ce que vous faites. » (Coran, al-Baqara, 2:234)
Deux mots à distinguer :
- l’ʿidda (عِدَّة) est la période d’attente : la veuve ne se remarie pas et ne s’engage pas avant son terme ;
- l’ihdâd (إِحْدَاد) est le deuil proprement dit : pendant ce même temps, elle s’abstient de la parure.
Quelques repères, admis par la grande majorité des savants :
- l’ʿidda commence au décès, pas à l’enterrement, même si la veuve apprend la nouvelle plus tard ;
- elle dure quatre mois lunaires et dix jours, soit environ 130 jours ;
- elle concerne toute épouse, jeune ou âgée, que le mariage ait été consommé ou non ;
- elle se termine d’elle-même : il n’y a aucune cérémonie de fin à organiser.
Pour la date exacte de fin, demandez à votre imam.
La veuve enceinte : l’ʿidda finit à l’accouchement
Si la veuve est enceinte, son ʿidda prend fin à la naissance de l’enfant, qu’elle ait lieu une semaine ou huit mois après le décès. Le Coran le dit : … وَأُولَاتُ الْأَحْمَالِ أَجَلُهُنَّ أَن يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ … — … wa ulâtu-l-ahmâli ajaluhunna an yadaʿna hamlahunn… — « … Quant aux femmes enceintes, leur terme est leur accouchement… » (at-Talâq, 65:4).
Subayʿa al-Aslamiyya perdit son mari, Saʿd ibn Khawla, pendant le pèlerinage d’adieu, alors qu’elle était enceinte. Elle accoucha peu après. Un homme lui affirma qu’elle devait attendre quatre mois et dix jours ; elle alla interroger le Prophète ﷺ. Elle raconte : فَأَفْتَانِي بِأَنِّي قَدْ حَلَلْتُ حِينَ وَضَعْتُ حَمْلِي … — fa-aftânî bi-annî qad halaltu hîna wadaʿtu hamlî… — « Il me répondit que j’étais libérée dès que j’avais accouché… » (al-Bukhârî 3991, Muslim 1484).
Ce que la veuve évite pendant l’ʿidda
La liste vient d’Umm ʿAtiyya, une Compagnonne, qui décrit ce que les femmes faisaient du temps du Prophète ﷺ :
كُنَّا نُنْهَى أَنْ نُحِدَّ عَلَى مَيِّتٍ فَوْقَ ثَلاَثٍ، إِلاَّ عَلَى زَوْجٍ أَرْبَعَةَ أَشْهُرٍ وَعَشْرًا، وَلاَ نَكْتَحِلَ، وَلاَ نَطَّيَّبَ، وَلاَ نَلْبَسَ ثَوْبًا مَصْبُوغًا، إِلاَّ ثَوْبَ عَصْبٍ، وَقَدْ رُخِّصَ لَنَا عِنْدَ الطُّهْرِ إِذَا اغْتَسَلَتْ إِحْدَانَا مِنْ مَحِيضِهَا فِي نُبْذَةٍ مِنْ كُسْتِ أَظْفَارٍ …
Kunnâ nunhâ an nuhidda ʿalâ mayyitin fawqa thalâth, illâ ʿalâ zawjin arbaʿata ashhurin wa ʿashrâ, wa lâ naktahila, wa lâ nattayyaba, wa lâ nalbasa thawban masbûghan illâ thawba ʿasb, wa qad rukhkhisa lanâ ʿinda-t-tuhri idhâ-ghtasalat ihdânâ min mahîdihâ fî nubdhatin min kusti azfâr…
Il nous était interdit de porter le deuil d’un mort plus de trois jours, sauf pour un mari : quatre mois et dix jours. Nous ne mettions alors ni khôl ni parfum, et ne portions pas de vêtement teint, sauf un tissu de ʿasb. Il nous était permis, quand l’une de nous se lavait à la fin de ses règles, d’utiliser un peu d’encens…
Le ʿasb est une étoffe du Yémen dont le fil est noué puis teint avant le tissage.
Umm Salama rapporte du Prophète ﷺ : الْمُتَوَفَّى عَنْهَا زَوْجُهَا لاَ تَلْبَسُ الْمُعَصْفَرَ مِنَ الثِّيَابِ وَلاَ الْمُمَشَّقَةَ وَلاَ الْحُلِيَّ وَلاَ تَخْتَضِبُ وَلاَ تَكْتَحِلُ — Al-mutawaffâ ʿanhâ zawjuhâ lâ talbasu-l-muʿasfara mina-th-thiyâbi wa lâ-l-mumashshaqa, wa lâ-l-huliyy, wa lâ takhtadibu wa lâ taktahil — « La femme dont le mari est mort ne porte ni vêtements teints au carthame ni à l’ocre rouge, ni bijoux ; elle ne met ni henné ni khôl » (Abû Dâwûd 2304, authentifié par al-Albânî).
Pendant l’ʿidda, la veuve évite donc :
- le parfum, sous toutes ses formes : parfum, eau de toilette, encens, huiles parfumées ;
- le khôl et le maquillage : fard, rouge à lèvres, mascara ;
- le henné sur les mains, les pieds ou les cheveux ;
- les bijoux : or, argent, perles, colliers, bracelets, boucles d’oreilles ;
- les vêtements de parure : ceux que l’on choisit pour embellir, robes de fête, tissus brillants ou très ornés ;
- le remariage et la demande en mariage. Le Coran permet seulement une allusion discrète : وَلَا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِيمَا عَرَّضْتُم بِهِ مِنْ خِطْبَةِ النِّسَاءِ … — wa lâ junâha ʿalaykum fîmâ ʿarradtum bihi min khitbati-n-nisâʾ… — « Nul reproche à vous de faire allusion à une demande en mariage… », puis : … وَلَا تَعْزِمُوا عُقْدَةَ النِّكَاحِ حَتَّىٰ يَبْلُغَ الْكِتَابُ أَجَلَهُ … — … wa lâ taʿzimû ʿuqdata-n-nikâhi hattâ yablugha-l-kitâbu ajalah… — « … Ne vous décidez pas à conclure le mariage avant que le délai prescrit soit atteint… » (al-Baqara, 2:235) ;
- passer la nuit hors du domicile conjugal, sauf nécessité (voir plus bas).
Le critère est toujours le même : ce qui sert à embellir. Une montre ordinaire ou des lunettes ne sont pas visées. L’alliance est un bijou : la retirer pendant l’ʿidda suit le hadith d’Umm Salama, qui écarte les bijoux.
Ce qui reste permis à la veuve
En dehors de la parure, la vie de tous les jours continue. Voici ce qui reste permis :
- se laver, se doucher, se coiffer, se couper les ongles, prendre soin de son corps. Un savon et un shampoing ordinaires ne sont pas considérés comme un parfum par de nombreux savants ; évitez simplement les produits vendus pour leur parfum ;
- porter des vêtements propres et décents, de n’importe quelle couleur sobre. Aucune couleur n’est imposée : ni le blanc, ni le noir ;
- se soigner, prendre ses médicaments, mettre un collyre ou une crème médicale sans parfum ;
- sortir de jour pour ses besoins : courses, médecin, démarches, école des enfants, travail ;
- parler aux hommes en cas de besoin, avec la pudeur habituelle : notaire, banquier, médecin, voisin, frère du défunt. Répondre au téléphone, recevoir des messages ;
- recevoir des visites, ses proches, ses amies, les personnes venues présenter leurs condoléances ;
- aller dans son jardin, sur son balcon, voir la lumière du jour ;
- prier, lire le Coran, invoquer pour son mari, faire l’aumône en son nom.
Rester au domicile conjugal : la règle et ses exceptions
La veuve passe son ʿidda dans le logement où elle vivait avec son mari au moment du décès. La preuve en est le hadith de Furayʿa bint Mâlik, sœur d’Abû Saʿîd al-Khudrî. Son mari avait été tué ; il ne lui laissait ni maison à lui ni pension. Elle demanda au Prophète ﷺ si elle pouvait retourner chez les siens. Il accepta, puis la rappela et lui dit :
امْكُثِي فِي بَيْتِكِ حَتَّى يَبْلُغَ الْكِتَابُ أَجَلَهُ
Umkuthî fî baytiki hattâ yablugha-l-kitâbu ajalah.
Reste dans ta maison jusqu’à ce que le délai prescrit soit atteint.
Le calife ʿUthmân jugea ensuite d’après ce hadith. C’est l’avis des quatre écoles et de la majorité des savants. Quelques Compagnons, dont ʿAlî, Ibn ʿAbbâs et ʿÂʾisha, estimaient que la veuve pouvait faire son ʿidda où elle voulait ; at-Tirmidhî rapporte cet avis et juge le premier plus juste.
Les savants admettent que la veuve change de logement quand elle ne peut pas rester dans le sien :
- elle y est en danger ou ne peut pas y vivre seule en sécurité ;
- le logement doit être rendu, ou elle ne peut plus en payer le loyer ;
- son état de santé exige qu’elle vive chez un proche.
Elle termine alors son ʿidda dans le nouveau logement, avec les mêmes règles. Un imam vous aidera à trancher.
Sortir, travailler pendant l’ʿidda
Rester au domicile n’est pas s’y enfermer. Les quatre écoles admettent que la veuve sorte le jour pour un besoin, et la majorité des juristes lui permet aussi de sortir le soir, à condition qu’elle rentre passer la nuit chez elle. Chez les hanbalites, elle ne sort la nuit qu’en cas de nécessité, précise Ibn Qudâma. Le hadith souvent cité concerne la tante de Jâbir, alors en ʿidda après un divorce. Un homme lui reprocha de sortir s’occuper de ses palmiers. Le Prophète ﷺ lui dit : بَلَى فَجُدِّي نَخْلَكِ فَإِنَّكِ عَسَى أَنْ تَصَدَّقِي أَوْ تَفْعَلِي مَعْرُوفًا — Balâ, fa-juddî nakhlaki, fa-innaki ʿasâ an tasaddaqî aw tafʿalî maʿrûfâ — « Si, va cueillir tes dattes : peut-être en feras-tu une aumône ou un bienfait » (Muslim 1483).
Pour une veuve qui travaille, la conclusion est la même dans les quatre écoles : elle peut reprendre son travail, en restant sobre dans sa tenue, et rentre dormir à la maison. C’est la réponse donnée par Dâr al-Iftâʾ d’Égypte à une enseignante veuve ; dans une autre fatwa sur la veuve qui sort travailler, elle cite un juriste de chaque école : al-Kâsânî, al-Hattâb, al-Khatîb ash-Shirbînî et Ibn Qudâma. Les sorties de pur loisir, en revanche, sont à éviter pendant l’ʿidda.
La veuve au quotidien : travail, démarches, voyage, enfants
Le travail. Selon le pays, la loi ou votre contrat prévoit souvent quelques jours de congé après le décès d’un conjoint. Ensuite, vous pouvez reprendre votre poste. Si votre emploi impose des nuits dehors ou des déplacements, parlez-en à un imam et, si possible, à votre employeur : un aménagement temporaire est souvent possible.
Les démarches et les enfants. Administrations, banque, notaire, école, médecin des enfants : ce sont des besoins, vous pouvez sortir pour cela.
Le voyage. La majorité des savants demande à la veuve de ne pas voyager pendant l’ʿidda sans nécessité. La question se pose souvent quand le corps est rapatrié au pays. Certains savants admettent un voyage en cas de réelle nécessité, sur l’avis minoritaire de ʿAlî et d’Ibn ʿAbbâs ; Dâr al-Iftâʾ d’Égypte l’a admis pour un pèlerinage. Demandez l’avis d’un imam avant de partir.
Tableau récapitulatif : ce qui est permis, ce que la veuve évite
| Permis pendant l’ʿidda | À éviter pendant l’ʿidda | |
|---|---|---|
| Tristesse | Pleurer, parler du défunt, invoquer pour lui | Lamentations criées, se frapper, déchirer ses vêtements |
| Corps | Se laver, se coiffer, se soigner, savon ordinaire | Parfum, encens, huiles parfumées |
| Visage et mains | Crème ou collyre médical sans parfum | Khôl, maquillage, henné |
| Vêtements | Tenue propre et simple, toute couleur sobre | Vêtements de parure, tenues de fête |
| Bijoux | Montre ordinaire, lunettes | Or, argent, perles, colliers, bracelets |
| Sorties | Le jour pour un besoin : courses, médecin, démarches, travail, enfants | Dormir hors du domicile, sorties de loisir, voyage sans nécessité |
| Relations | Parler aux hommes en cas de besoin, recevoir des visites, téléphoner | Demande en mariage explicite, remariage |
| Durée | Quatre mois et dix jours, ou jusqu’à l’accouchement | Prolonger le deuil au-delà, ou le raccourcir |
La patience et sa récompense
Personne ne vous demande de ne pas souffrir. La patience (sabr) n’est pas l’absence de larmes ; c’est de ne rien dire ni faire qui déplaise à Allah, et de s’en remettre à Lui. Le Coran annonce la bonne nouvelle aux patients :
الَّذِينَ إِذَا أَصَابَتْهُم مُّصِيبَةٌ قَالُوا إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ أُولَٰئِكَ عَلَيْهِمْ صَلَوَاتٌ مِّن رَّبِّهِمْ وَرَحْمَةٌ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُهْتَدُونَ
Alladhîna idhâ asâbat-hum musîbatun qâlû innâ lillâhi wa innâ ilayhi râjiʿûn. Ulâʾika ʿalayhim salawâtun min rabbihim wa rahma, wa ulâʾika humu-l-muhtadûn.
« Ceux qui disent, quand un malheur les frappe : “Nous appartenons à Allah, et c’est vers Lui que nous retournons.” Sur eux descendent les bénédictions de leur Seigneur et Sa miséricorde ; ce sont eux les bien guidés. » (al-Baqara, 2:156-157)
Umm Salama, devenue veuve à la mort d’Abû Salama, rapporte cette parole du Prophète ﷺ :
مَا مِنْ مُسْلِمٍ تُصِيبُهُ مُصِيبَةٌ فَيَقُولُ مَا أَمَرَهُ اللَّهُ إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ اللَّهُمَّ أْجُرْنِي فِي مُصِيبَتِي وَأَخْلِفْ لِي خَيْرًا مِنْهَا. إِلاَّ أَخْلَفَ اللَّهُ لَهُ خَيْرًا مِنْهَا
Mâ min muslimin tusîbuhu musîbatun fa-yaqûlu mâ amarahu-llâh : innâ lillâhi wa innâ ilayhi râjiʿûn, Allâhumma-ʾjurnî fî musîbatî wa akhlif lî khayran minhâ, illâ akhlafa-llâhu lahu khayran minhâ.
Il n’est pas de musulman frappé par un malheur qui dise ce qu’Allah lui a commandé : « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournons. Ô Allah, récompense-moi dans mon épreuve et donne-moi en échange quelque chose de meilleur », sans qu’Allah ne lui donne en échange quelque chose de meilleur.
Elle se demandait qui pourrait être meilleur qu’Abû Salama ; elle dit pourtant l’invocation, et Allah lui donna mieux. Ce « meilleur » appartient à Allah : une paix, une force, une récompense que vous ne voyez pas encore.
Le Prophète ﷺ a rapporté qu’Allah dit : مَا لِعَبْدِي الْمُؤْمِنِ عِنْدِي جَزَاءٌ، إِذَا قَبَضْتُ صَفِيَّهُ مِنْ أَهْلِ الدُّنْيَا، ثُمَّ احْتَسَبَهُ، إِلاَّ الْجَنَّةُ — Mâ li-ʿabdiya-l-muʾmini ʿindî jazâʾun, idhâ qabadtu safiyyahu min ahli-d-dunyâ thumma-htasabahu, illâ-l-janna — « Mon serviteur croyant n’a pas d’autre récompense auprès de Moi que le Paradis, quand Je reprends l’être qui lui est cher en ce monde, et qu’il en espère la récompense auprès de Moi » (al-Bukhârî 6424).
Et il a dit : إِنَّمَا الصَّبْرُ عِنْدَ الصَّدْمَةِ الأُولَى — Innamâ-s-sabru ʿinda-s-sadmati-l-ûlâ — « La patience, c’est au premier choc » (al-Bukhârî 1283). Ce choc, vous le vivez peut-être en lisant ces lignes. Dites innâ lillâhi wa innâ ilayhi râjiʿûn, et laissez le reste à Allah.
Quand demander l’avis d’un imam
Les règles générales suffisent le plus souvent. Demandez l’avis d’un imam ou d’un savant de confiance, en lui expliquant votre cas, si :
- vous devez voyager, par exemple pour accompagner le corps au pays ;
- votre travail impose des nuits dehors ou des déplacements ;
- vous ne pouvez pas rester dans le logement conjugal ;
- un traitement médical ressemble à une parure (collyre teinté, soin des cheveux) ;
- vous voulez la date exacte de fin de votre ʿidda ;
- la situation est particulière : divorce en cours, mari disparu, mariage seulement religieux.
Ne traversez pas ce deuil seule : laissez vos proches vous aider. Et si la prière reste à annoncer, une annonce Janazah donne à chacun la mosquée, l’horaire réel et le lieu de l’enterrement, pour que les prières pour votre mari ou votre proche soient nombreuses.
Questions fréquentes
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