Sadaqa jariya : hadiths, exemples et aumône pour un défunt
La sadaqa jariya, l’aumône continue dont la récompense se poursuit après la mort : les hadiths authentiques, l’aumône au nom d’un parent défunt, des idées concrètes, les précautions avant de donner, l’intention et la discrétion.

La sadaqa jariya, l’« aumône continue », est un don dont les gens profitent longtemps, et dont la récompense se poursuit tant que ce profit dure, même après la mort. C’est souvent la première idée qui vient à une famille en deuil : faire quelque chose de durable au nom de celui ou de celle qui est parti. Vous trouverez ici les hadiths authentiques sur la sadaqa jariya, ce que dit la Sunna de l’aumône pour un défunt, des idées concrètes rattachées chacune à un texte, les précautions à prendre avant de donner, et l’esprit dans lequel donner.
Sadaqa jariya : définition simple
Sadaqa veut dire « aumône », tout don fait pour Allah. Jâriya veut dire « qui coule », « qui continue ». Une sadaqa jariya est donc une aumône qui continue de produire du bien après avoir été donnée.
Une aumône ordinaire se consomme aussitôt : un repas offert, une somme remise à une personne dans le besoin. Elle est récompensée, et souvent très urgente. La sadaqa jariya, elle, laisse quelque chose qui dure : un puits dont on boit pendant des années, une mosquée où l’on prie, un Coran que l’on lit. Chaque fois que quelqu’un en profite, la récompense continue.
L’imam an-Nawawî, dans son commentaire de Sahîh Muslim, dit simplement : « la sadaqa jariya, c’est le waqf ». Le waqf est un bien que l’on immobilise pour Allah : on ne peut plus le vendre, le donner ni le transmettre en héritage, et seul son usage est donné à ceux qui en ont besoin. D’autres savants y incluent tout ce qui ressemble au waqf et dont le profit dure. C’est ce qu’explique une fatwa d’Islamweb (n° 199121) en citant al-Qârî : une aumône « dont le profit continue, et donc la récompense dure, comme le waqf dans les voies du bien ».
Le hadith de la sadaqa jariya : les trois choses qui continuent
Le texte de base est un hadith rapporté par Abû Hurayra dans le Sahîh de Muslim.
إِذَا مَاتَ الإِنْسَانُ انْقَطَعَ عَنْهُ عَمَلُهُ إِلاَّ مِنْ ثَلاَثَةٍ إِلاَّ مِنْ صَدَقَةٍ جَارِيَةٍ أَوْ عِلْمٍ يُنْتَفَعُ بِهِ أَوْ وَلَدٍ صَالِحٍ يَدْعُو لَهُ
Idhâ mâta-l-insânu-nqataʿa ʿanhu ʿamaluhû illâ min thalâthatin : illâ min sadaqatin jâriyatin, aw ʿilmin yuntafaʿu bihî, aw waladin sâlihin yadʿû lah.
Quand l’homme meurt, son œuvre s’interrompt, sauf de trois choses : d’une aumône continue, d’une science dont on tire profit, ou d’un enfant vertueux qui invoque pour lui.
An-Nawawî explique le sens : à la mort, l’œuvre s’arrête et la récompense ne se renouvelle plus, sauf pour ces trois choses, parce que le défunt en est la cause. L’enfant vient de lui, la science est celle qu’il a enseignée ou écrite, et l’aumône continue est le bien qu’il a immobilisé pour Allah. Al-Mundhirî rapporte l’explication d’un savant : la récompense de ces œuvres reste au défunt « tant qu’elles demeurent et existent » (cité dans la fatwa 127659 d’Islamweb).
Deux leçons pratiques en découlent :
- Le meilleur moment, c’est de son vivant. Le Prophète ﷺ, interrogé sur l’aumône la plus récompensée, a répondu : « Que tu donnes alors que tu es en bonne santé, attaché à ton bien, craignant la pauvreté et espérant la richesse ; et n’attends pas que l’âme arrive à la gorge pour dire : à untel ceci, à untel cela… » (al-Bukhârî 1419).
- Les trois se complètent. Un enfant vertueux qui fait une aumône continue au nom de son père ou de sa mère réunit deux des trois.
Les sept choses dont la récompense continue après la mort
Un autre hadith, rapporté par Abû Hurayra, détaille ce qui « rejoint » le croyant après sa mort. Il compte sept choses.
إِنَّ مِمَّا يَلْحَقُ الْمُؤْمِنَ مِنْ عَمَلِهِ وَحَسَنَاتِهِ بَعْدَ مَوْتِهِ عِلْمًا عَلَّمَهُ وَنَشَرَهُ وَوَلَدًا صَالِحًا تَرَكَهُ وَمُصْحَفًا وَرَّثَهُ أَوْ مَسْجِدًا بَنَاهُ أَوْ بَيْتًا لاِبْنِ السَّبِيلِ بَنَاهُ أَوْ نَهْرًا أَجْرَاهُ أَوْ صَدَقَةً أَخْرَجَهَا مِنْ مَالِهِ فِي صِحَّتِهِ وَحَيَاتِهِ يَلْحَقُهُ مِنْ بَعْدِ مَوْتِهِ
Inna mimmâ yalhaqu-l-muʾmina min ʿamalihî wa hasanâtihî baʿda mawtihî : ʿilman ʿallamahû wa nasharah, wa waladan sâlihan tarakah, wa mushafan warrathah, aw masjidan banâh, aw baytan li-bni-s-sabîli banâh, aw naharan ajrâh, aw sadaqatan akhrajahâ min mâlihî fî sihhatihî wa hayâtih, yalhaquhû min baʿdi mawtih.
Parmi les œuvres et les bonnes actions du croyant qui le rejoignent après sa mort : une science qu’il a enseignée et répandue, un enfant vertueux qu’il a laissé, un exemplaire du Coran qu’il a laissé en héritage, une mosquée qu’il a bâtie, une maison qu’il a bâtie pour le voyageur, un cours d’eau qu’il a fait couler, ou une aumône qu’il a prélevée sur ses biens, en bonne santé et de son vivant : elle le rejoint après sa mort.
Son degré : al-Mundhirî a jugé sa chaîne hasan (bonne), et al-Albânî l’a jugé hasan (Sahîh at-Targhîb 77). Son sens est confirmé par le hadith de Muslim et par les autres textes cités plus bas.
Sadaqa jariya pour un défunt : ce que dit la Sunna
Vous n’avez pas besoin que le défunt ait lui-même fondé un waqf de son vivant. Ses proches peuvent faire l’aumône en son nom, et la Sunna est claire là-dessus.
La mère de Saʿd ibn ʿUbâda
Ibn ʿAbbâs rapporte que la mère de Saʿd ibn ʿUbâda mourut alors qu’il était en voyage.
… يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّ أُمِّي تُوُفِّيَتْ وَأَنَا غَائِبٌ عَنْهَا، أَيَنْفَعُهَا شَىْءٌ إِنْ تَصَدَّقْتُ بِهِ عَنْهَا قَالَ نَعَمْ. قَالَ فَإِنِّي أُشْهِدُكَ أَنَّ حَائِطِي الْمِخْرَافَ صَدَقَةٌ عَلَيْهَا
… Yâ rasûla-llâh, inna ummî tuwuffiyat wa ana ghâʾibun ʿanhâ, a-yanfaʿuhâ shayʾun in tasaddaqtu bihî ʿanhâ ? Qâla : naʿam. Qâla : fa-innî ushhiduka anna hâʾitiya-l-mikhrâfa sadaqatun ʿalayhâ.
… « Ô Messager d’Allah, ma mère est morte alors que j’étais absent. Lui sera-t-il utile que je fasse une aumône en son nom ? » Il répondit : « Oui. » Saʿd dit : « Je te prends à témoin que mon verger al-Mikhrâf est une aumône pour elle. »
Saʿd n’a pas donné une somme : il a donné un verger entier, un bien qui produit chaque année. C’est l’image même de la sadaqa jariya faite pour un parent.
La mère morte soudainement
ʿÂʾisha rapporte qu’un homme vint trouver le Prophète ﷺ.
… إِنَّ أُمِّيَ افْتُلِتَتْ نَفْسَهَا وَلَمْ تُوصِ وَأَظُنُّهَا لَوْ تَكَلَّمَتْ تَصَدَّقَتْ أَفَلَهَا أَجْرٌ إِنْ تَصَدَّقْتُ عَنْهَا قَالَ نَعَمْ
… Inna ummiya-ftulitat nafsahâ wa lam tûsi, wa azunnuhâ law takallamat tasaddaqat, a-fa-lahâ ajrun in tasaddaqtu ʿanhâ ? Qâla : naʿam.
… « Ma mère a été emportée soudainement, sans laisser de testament, et je pense que si elle avait pu parler, elle aurait fait l’aumône. A-t-elle une récompense si je fais l’aumône pour elle ? » Il répondit : « Oui. »
Dans le même sens, un homme a dit au Prophète ﷺ : « Mon père est mort en laissant des biens, sans testament. Cela effacera-t-il ses fautes si je fais l’aumône pour lui ? » Il a répondu : « Oui » (Muslim 1630).
Un consensus des savants
Commentant ce dernier hadith, an-Nawawî écrit qu’il montre « que la sadaqa pour le défunt est permise et recommandée, que sa récompense lui parvient et lui profite, et qu’elle profite aussi à celui qui la fait, et tout cela fait l’objet du consensus des musulmans ». Ibn ʿAbd al-Barr écrit que l’aumône pour le défunt est permise par accord des savants, sans divergence entre eux. Ibn Hajar ajoute que cela vaut « surtout si elle vient de l’enfant » (textes cités par Dâr al-Iftâʾ d’Égypte, fatwa n° 7502).
Ce qui profite au défunt, en plus de la sadaqa jariya
L’aumône n’est pas le seul bien qui parvient au défunt. Les savants s’accordent sur l’invocation et la demande de pardon, sur l’aumône faite en son nom, et sur le paiement de ses dettes. Ce dernier point est une priorité : le Prophète ﷺ a dit : « L’âme du croyant reste suspendue à sa dette jusqu’à ce qu’elle soit réglée pour lui » (at-Tirmidhî 1078, hasan selon at-Tirmidhî). Avant de financer un projet en son nom, assurez-vous donc que ses dettes sont payées.
Le hajj et le jeûne faits pour un défunt sont présentés dans notre guide de la doua pour un défunt, avec les invocations authentiques à dire pour lui, au quotidien.
Idées de sadaqa jariya : exemples concrets et leurs preuves
Voici des idées réalistes, chacune rattachée à un texte. Aucune n’exige une grosse somme : on peut participer à un projet commun. Une fatwa d’Islamweb (n° 285403) précise que la participation à la construction d’une mosquée entre bien dans la sadaqa jariya.
Un puits ou un point d’eau
Le hadith d’Ibn Mâja cite « un cours d’eau qu’il a fait couler » : donner à boire, c’est faire vivre. Concrètement : participer au forage d’un puits, à l’installation d’une pompe, d’un réservoir ou d’une fontaine dans une mosquée. Demandez qui entretiendra l’ouvrage : un puits qui tombe en panne au bout d’un an ne coule plus.
Une mosquée ou une salle de prière
مَنْ بَنَى مَسْجِدًا ـ قَالَ بُكَيْرٌ حَسِبْتُ أَنَّهُ قَالَ ـ يَبْتَغِي بِهِ وَجْهَ اللَّهِ، بَنَى اللَّهُ لَهُ مِثْلَهُ فِي الْجَنَّةِ
Man banâ masjidan — qâla Bukayr : hasibtu annahû qâla — yabtaghî bihî wajha-llâh, banâ-llâhu lahû mithlahû fi-l-janna.
Celui qui bâtit une mosquée — Bukayr, l’un des rapporteurs, a dit : je pense qu’il a dit : en recherchant par là la Face d’Allah —, Allah lui bâtit son pareil au Paradis.
La mosquée figure aussi dans Ibn Mâja 242. Vous n’avez pas à la construire seul : une participation aux travaux, au tapis, au chauffage, à l’accessibilité de la salle pour les personnes âgées entre dans ce bien. Votre mosquée de quartier a souvent des besoins précis ; demandez à ses responsables.
Un Coran offert
« Un exemplaire du Coran qu’il a laissé en héritage » est cité dans Ibn Mâja 242. Offrir des Corans à une mosquée, à une école, à des personnes qui apprennent à lire : chaque lecture est un bien. Préférez une édition fiable, et demandez avant d’en apporter : certaines mosquées en ont déjà trop.
Une école ou une science utile
« Une science dont on tire profit » est l’une des trois choses du hadith de Muslim. Pour un défunt, on peut financer des cours, des livres, une bourse pour un élève, l’équipement d’une école ou d’une classe. Pour soi, cette science utile commence par enseigner ce que l’on sait : le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui indique un bien a la même récompense que celui qui le fait » (Muslim 1893). Une sourate apprise à un enfant, une compétence transmise, un livre utile écrit : tout cela continue.
Un arbre planté
مَا مِنْ مُسْلِمٍ يَغْرِسُ غَرْسًا، أَوْ يَزْرَعُ زَرْعًا، فَيَأْكُلُ مِنْهُ طَيْرٌ أَوْ إِنْسَانٌ أَوْ بَهِيمَةٌ، إِلاَّ كَانَ لَهُ بِهِ صَدَقَةٌ
Mâ min muslimin yaghrisu gharsan aw yazraʿu zarʿan, fa-yaʾkulu minhu tayrun aw insânun aw bahîmatun, illâ kâna lahû bihî sadaqa.
Il n’est pas de musulman qui plante un arbre ou sème une culture, dont mange ensuite un oiseau, un humain ou une bête, sans que cela soit pour lui une aumône.
Dans une version rapportée par Jâbir, le Prophète ﷺ ajoute que même ce qui en est volé, ou mangé par une bête sauvage, est une aumône pour lui (Muslim 1552). Planter un arbre fruitier dans un jardin partagé, devant une mosquée, ou participer à un projet de plantation là où il manque de l’ombre et de la nourriture : c’est une sadaqa jariya simple et à la portée de tous.
Un waqf, l’aumône continue au sens strict
Le modèle du waqf vient de ʿUmar ibn al-Khattâb. Il avait reçu à Khaybar une terre, le bien le plus précieux qu’il ait jamais possédé, et demanda conseil au Prophète ﷺ.
… قَالَ إِنْ شِئْتَ حَبَسْتَ أَصْلَهَا، وَتَصَدَّقْتَ بِهَا. قَالَ فَتَصَدَّقَ بِهَا عُمَرُ أَنَّهُ لاَ يُبَاعُ وَلاَ يُوهَبُ وَلاَ يُورَثُ، وَتَصَدَّقَ بِهَا فِي الْفُقَرَاءِ وَفِي الْقُرْبَى، وَفِي الرِّقَابِ، وَفِي سَبِيلِ اللَّهِ، وَابْنِ السَّبِيلِ، وَالضَّيْفِ …
… Qâla : in shiʾta habasta aslahâ wa tasaddaqta bihâ. Qâla : fa-tasaddaqa bihâ ʿUmaru annahû lâ yubâʿu wa lâ yûhabu wa lâ yûrath, wa tasaddaqa bihâ fi-l-fuqarâʾi wa fi-l-qurbâ, wa fi-r-riqâbi, wa fî sabîli-llâhi, wa-bni-s-sabîli, wa-d-dayf…
… Il dit : « Si tu veux, immobilise-en le fonds et fais-en aumône. » ʿUmar en fit donc une aumône, à condition qu’elle ne soit ni vendue, ni donnée, ni héritée ; et il en fit aumône aux pauvres, aux proches, pour l’affranchissement des esclaves, dans le sentier d’Allah, au voyageur et à l’hôte…
Aujourd’hui, un waqf peut être un local loué dont le loyer finance une mosquée ou une école, une part dans un bien dont les revenus vont aux pauvres, ou du matériel durable confié à une structure. Ces montages obéissent aussi à la loi du pays : faites-vous conseiller par un juriste et par un imam compétent avant de vous engager.
Le verset qui résume l’esprit
﴿ لَنْ تَنَالُوا الْبِرَّ حَتَّىٰ تُنْفِقُوا مِمَّا تُحِبُّونَ ۚ وَمَا تُنْفِقُوا مِنْ شَيْءٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ ﴾
Lan tanâlu-l-birra hattâ tunfiqû mimmâ tuhibbûn, wa mâ tunfiqû min shayʾin fa-inna-llâha bihî ʿalîm.
Vous n’atteindrez la piété qu’en dépensant de ce que vous aimez. Et quoi que vous dépensiez, Allah le sait.
ʿUmar a donné sa meilleure terre, Saʿd son verger. Il ne s’agit pas de donner beaucoup, mais de donner quelque chose qui compte pour vous.
Avant de donner : vérifier le sérieux d’une association
Votre don est une confiance : il mérite d’arriver là où vous le voulez. Quelques vérifications simples permettent de choisir sereinement l’organisme qui portera votre sadaqa jariya :
Qui est derrière le projet ?
Une association sérieuse a des statuts, un siège, des responsables identifiables. Cherchez son nom exact, son adresse et, selon le pays, son numéro d’enregistrement. Préférez une collecte portée par une structure identifiée (mosquée, association), avec un responsable nommé.
Vous remet-elle un reçu ?
Demandez un reçu pour chaque don : c’est une trace de votre don, et un organisme sérieux le remet sans difficulté.
Ses comptes sont-ils publics ?
Selon le pays, la loi peut obliger une association à publier ses comptes. Dans tous les cas, demandez son dernier rapport financier : une association sérieuse le communique sans difficulté.
Que deviendra l’ouvrage ?
Demandez un compte rendu : lieu exact, date de mise en service, photos, et surtout qui entretiendra le puits ou le bâtiment. La récompense continue tant que le bien demeure et sert (fatwa 127659 d’Islamweb) : un ouvrage entretenu dure plus longtemps.
Prenez votre temps
Un projet honnête ne vous presse pas. Dans les jours qui suivent un décès, rien n’oblige à décider tout de suite. L’aumône faite dans un mois au nom du défunt lui parviendra tout autant.
Intention et discrétion : donner sans faire étalage
La sadaqa jariya se fait pour Allah, pas pour le regard des gens. Le Coran avertit :
﴿ يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تُبْطِلُوا صَدَقَاتِكُمْ بِالْمَنِّ وَالْأَذَىٰ كَالَّذِي يُنْفِقُ مَالَهُ رِئَاءَ النَّاسِ وَلَا يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ … ﴾
Yâ ayyuha-lladhîna âmanû lâ tubtilû sadaqâtikum bi-l-manni wa-l-adhâ ka-lladhî yunfiqu mâlahû riʾâʾa-n-nâsi wa lâ yuʾminu bi-llâhi wa-l-yawmi-l-âkhir…
Ô vous qui croyez, n’annulez pas vos aumônes par le rappel de vos bienfaits et par le tort causé, comme celui qui dépense ses biens pour se faire voir des gens et ne croit ni en Allah ni au Jour dernier…
Et il ajoute, quelques versets plus loin : « Si vous donnez vos aumônes ouvertement, c’est bien ; mais si vous les cachez et les donnez aux pauvres, c’est meilleur pour vous, et Il effacera une part de vos fautes… » (al-Baqara, 2:271). Parmi les sept qu’Allah abritera à Son ombre le Jour où il n’y aura d’autre ombre que la Sienne, le Prophète ﷺ a cité « … un homme qui fait une aumône et la cache, au point que sa main gauche ne sait pas ce que dépense sa main droite… » (al-Bukhârî 1423).
En pratique :
- Pas besoin de plaque. Une fatwa d’Islamweb (n° 199121) précise qu’il n’est pas nécessaire d’annoncer qu’une chose est une sadaqa jariya pour en obtenir la récompense. Si une association propose d’inscrire le nom du défunt, rien ne l’interdit, mais rien ne l’exige.
- Pas de photo de soi devant le puits pour les réseaux sociaux. Demander un compte rendu pour vérifier que l’ouvrage existe est sain ; en faire une publicité personnelle l’est moins.
- Pas de rappel. Ne répétez pas devant les bénéficiaires, ni devant la famille, ce que vous avez donné.
- L’héritage d’abord en règle. Donnez de votre argent ou de votre part d’héritage, jamais de la part d’un autre héritier sans son accord (fatwa 125254 d’Islamweb). Si le défunt a demandé une aumône par testament, elle est limitée au tiers de la succession, une fois les dettes payées, sauf accord des héritiers, selon la Sunna : « Le tiers, et le tiers c’est beaucoup… » (al-Bukhârî 2742). La loi du pays peut avoir ses propres règles de succession : renseignez-vous auprès d’un juriste, et voyez notre guide de l’héritage en islam.
Questions pratiques sur la sadaqa jariya pour un défunt
- Un repas distribué en son nom. Au sens strict, c’est une aumône ordinaire plutôt qu’une sadaqa jariya, mais elle profite au défunt si vous la faites en son nom (fatwa 285403 d’Islamweb), et elle répond souvent au besoin le plus urgent.
- Quel jour donner ? Le jour où vous le pouvez. L’aumône parvient au défunt quel que soit le moment ; le mieux est de la faire régulièrement, comme on invoque pour lui chaque jour (voir notre guide de la doua pour un défunt).
- Donner à plusieurs. Frères et sœurs peuvent réunir leurs parts pour un même projet au nom de leur père ou de leur mère ; la participation à un projet commun entre bien dans la sadaqa jariya (fatwa 285403 d’Islamweb).
- Transmettre un bien. « Celui qui indique un bien a la même récompense que celui qui le fait » (Muslim 1893). Faire connaître une collecte sérieuse pour une mosquée, ou partager un verset et un hadith avec leur référence, c’est déjà prendre part au bien. Le Prophète ﷺ a dit aussi : « Celui qui inaugure dans l’islam une bonne pratique en a la récompense, et la récompense de ceux qui la suivent après lui, sans que rien ne soit retranché de leurs récompenses… » (Muslim 1017).
Pour finir
La sadaqa jariya, c’est le contraire de l’oubli. Un puits creusé, un Coran posé sur une étagère de mosquée, un enfant qui apprend une sourate, un arbre qui donne de l’ombre : le défunt continue d’y avoir une part, tant que le bien dure. Rien n’exige de grands moyens ni de grands gestes ; la Sunna demande une intention sincère, un don vérifié, et la discrétion.
Si vous venez de perdre un proche, commencez par ce qui ne coûte rien : invoquez pour lui, réglez ses dettes, puis choisissez sans vous presser l’aumône qui lui ressemble. Et si vous préparez sa salât al-janaza, notre guide de la prière funéraire explique comment elle se déroule.
Questions fréquentes
Kamel
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