Ghusl (grand lavage) : comment le faire, étape par étape
Comment faire le ghusl (grand lavage) pas à pas : quand il est obligatoire (janâba, fin des règles et des lochies), quand il est recommandé, le minimum valable selon les quatre écoles, les cheveux tressés, la douche, ce qui est interdit avant de l’avoir fait. Hadiths vérifiés.

Le ghusl (grand lavage) est le lavage rituel de tout le corps qui permet de prier après un rapport conjugal, une émission de sperme, la fin des règles ou des lochies (le saignement qui suit l’accouchement). On l’appelle aussi la grande ablution. Ce guide explique comment faire le ghusl étape par étape, tel que ʿÂʾisha et Maymûna l’ont vu faire au Prophète ﷺ, quand il est obligatoire, quand il est seulement recommandé, ce qui suffit pour qu’il soit valable selon les quatre écoles sunnites, et ce qu’on ne peut pas faire avant de l’avoir accompli. Chaque texte est donné en arabe, en phonétique et en français, avec sa référence.
Qu’est-ce que le ghusl ?
Le mot ghusl (غُسْل) veut dire « lavage ». En droit musulman, c’est le fait de faire couler une eau pure sur tout le corps, d’une manière précise, pour sortir de l’état d’impureté majeure. Les ablutions (wudûʾ) lavent quelques membres ; le ghusl lave tout le corps.
L’état qui oblige au ghusl après un rapport ou une émission de sperme s’appelle la janâba (جَنَابَة), et la personne dans cet état est dite junub. La personne elle-même reste pure : le Prophète ﷺ a dit à Abû Hurayra, qui s’était éloigné de lui parce qu’il était junub, « Gloire à Allah ! Le croyant ne devient pas impur » (سُبْحَانَ اللَّهِ، إِنَّ الْمُؤْمِنَ لاَ يَنْجُسُ, al-Bukhârî 283). C’est un état rituel, qui empêche certains actes d’adoration jusqu’au lavage.
Le fondement du ghusl est dans le Coran : « …si vous êtes en état de janâba, purifiez-vous… » (…وَإِنْ كُنْتُمْ جُنُبًا فَاطَّهَّرُوا…, al-Mâʾida, 5:6), et dans ce verset :
﴿ يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَقْرَبُوا الصَّلَاةَ وَأَنْتُمْ سُكَارَىٰ حَتَّىٰ تَعْلَمُوا مَا تَقُولُونَ وَلَا جُنُبًا إِلَّا عَابِرِي سَبِيلٍ حَتَّىٰ تَغْتَسِلُوا ۚ وَإِنْ كُنْتُمْ مَرْضَىٰ أَوْ عَلَىٰ سَفَرٍ أَوْ جَاءَ أَحَدٌ مِنْكُمْ مِنَ الْغَائِطِ أَوْ لَامَسْتُمُ النِّسَاءَ فَلَمْ تَجِدُوا مَاءً فَتَيَمَّمُوا صَعِيدًا طَيِّبًا فَامْسَحُوا بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُمْ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَفُوًّا غَفُورًا ﴾
Yâ ayyuha-lladhîna âmanû lâ taqrabu-s-salâta wa antum sukârâ hattâ taʿlamû mâ taqûlûna wa lâ junuban illâ ʿâbirî sabîlin hattâ taghtasilû. Wa in kuntum mardâ aw ʿalâ safarin aw jâʾa ahadun minkum mina-l-ghâʾiti aw lâmastumu-n-nisâʾa fa-lam tajidû mâʾan fa-tayammamû saʿîdan tayyiban fa-msahû bi-wujûhikum wa aydîkum. Inna-llâha kâna ʿafuwwan ghafûrâ.
Ô vous qui croyez ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres, jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites, ni en état de janâba, sauf si vous ne faites que passer, jusqu’à ce que vous vous soyez lavés. Si vous êtes malades ou en voyage, si l’un de vous revient du lieu où il a fait ses besoins, ou si vous avez touché les femmes, et que vous ne trouvez pas d’eau, recourez à une terre pure et passez-en sur vos visages et vos mains. Allah est Indulgent et Pardonneur.
Quand le ghusl est-il obligatoire ?
Les quatre écoles comptent les mêmes causes principales, avec des différences de détail (al-Jazîrî, al-Fiqh ʿalâ al-madhâhib al-arbaʿa).
1. Le rapport conjugal, même sans éjaculation
Le Prophète ﷺ a dit : « Lorsqu’il s’est placé entre ses quatre membres, puis s’est uni à elle, le lavage est devenu obligatoire » (إِذَا جَلَسَ بَيْنَ شُعَبِهَا الأَرْبَعِ ثُمَّ جَهَدَهَا، فَقَدْ وَجَبَ الْغَسْلُ, al-Bukhârî 291). Dans une version de Muslim, il est ajouté : « …même s’il n’y a pas d’éjaculation » (…وَإِنْ لَمْ يُنْزِلْ, Muslim 348). Le lavage est dû par l’homme et par la femme.
2. L’émission de sperme, éveillé ou endormi
Umm Sulaym demanda au Prophète ﷺ si la femme doit se laver après un rêve. Il répondit : « Oui, si elle voit le liquide » (نَعَمْ إِذَا رَأَتِ الْمَاءَ, al-Bukhârî 282, Muslim 313). La règle vaut pour l’homme comme pour la femme.
- Trace au réveil, sans souvenir de rêve : le Prophète ﷺ a dit « Il se lave » (يَغْتَسِلُ) ; souvenir d’un rêve sans aucune trace : « Pas de lavage pour lui » (لاَ غُسْلَ عَلَيْهِ) (Abû Dâwûd 236, hasan selon al-Albânî).
- Le liquide prostatique (madhy), qui sort avec l’excitation, n’oblige pas au ghusl mais seulement aux ablutions : « Il oblige aux ablutions » (فِيهِ الْوُضُوءُ, al-Bukhârî 178).
- Éveillé, une émission causée par une maladie ou un choc, sans plaisir, n’oblige pas au lavage pour les hanafites, les malikites et les hanbalites ; elle y oblige pour les chaféites.
3. La fin des règles
Le Prophète ﷺ a dit à Fâtima bint Abî Hubaysh : « …lorsque les règles arrivent, laisse la prière ; lorsqu’elles s’en vont, lave-toi et prie » (…فَإِذَا أَقْبَلَتِ الْحَيْضَةُ فَدَعِي الصَّلاَةَ، وَإِذَا أَدْبَرَتْ فَاغْتَسِلِي وَصَلِّي, al-Bukhârî 320). Le Coran le dit aussi : « …n’approchez pas d’elles jusqu’à ce qu’elles soient pures ; quand elles se sont purifiées… » (…وَلَا تَقْرَبُوهُنَّ حَتَّىٰ يَطْهُرْنَ ۖ فَإِذَا تَطَهَّرْنَ…, al-Baqara, 2:222).
4. La fin des lochies
Le saignement qui suit l’accouchement (nifâs) a la même règle que les règles : le ghusl est dû quand il s’arrête. Les quatre écoles sont d’accord sur ce point (al-Jazîrî).
5. L’entrée dans l’islam
Qays ibn ʿÂsim raconte : « Je suis venu au Prophète ﷺ pour embrasser l’islam, et il m’a ordonné de me laver avec de l’eau et du jujubier » (أَتَيْتُ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم أُرِيدُ الإِسْلاَمَ فَأَمَرَنِي أَنْ أَغْتَسِلَ بِمَاءٍ وَسِدْرٍ, Abû Dâwûd 355, sahih selon al-Albânî). Pour les hanbalites, ce lavage est obligatoire pour tout nouveau musulman. Pour les trois autres écoles, il est obligatoire s’il était en état de janâba, et seulement recommandé sinon.
6. Le décès
Laver le défunt est un devoir de la communauté. Ce lavage est fait par les vivants : il est expliqué plus bas.
Quand le ghusl est-il recommandé ?
Ces lavages ne sont pas obligatoires : celui qui ne les fait pas ne commet pas de péché, mais il perd une récompense.
| Occasion | Preuve | Avis des écoles |
|---|---|---|
| Le vendredi, pour la prière | al-Bukhârî 877 et 879 ; at-Tirmidhî 497 (hasan) | Sunna dans les quatre écoles |
| Les deux Aïds | Ibn ʿUmar le faisait (Muwattaʾ 10, n° 2) | Recommandé dans les quatre écoles |
| L’ihram (l’état de sacralisation du pèlerin, pour le hajj ou la ʿumra) | at-Tirmidhî 830 ; Muslim 1218 | Recommandé dans les quatre écoles, même pour la femme en règles |
| Après avoir lavé un défunt | Avis rapportés par at-Tirmidhî (n° 993) | Recommandé, pas obligatoire (Mâlik, ash-Shâfiʿî, Ahmad) |
| Avant d’entrer à La Mecque | al-Bukhârî 1573 | Recommandé |
| En revenant d’un évanouissement | al-Bukhârî 687 | Recommandé chez les hanafites, chaféites et hanbalites |
Le vendredi. Le Prophète ﷺ a dit : « Lorsque l’un de vous vient à la prière du vendredi, qu’il se lave » (إِذَا جَاءَ أَحَدُكُمُ الْجُمُعَةَ فَلْيَغْتَسِلْ, al-Bukhârî 877), et « Le lavage du vendredi est un devoir pour tout pubère » (غُسْلُ يَوْمِ الْجُمُعَةِ وَاجِبٌ عَلَى كُلِّ مُحْتَلِمٍ, al-Bukhârî 879). La majorité des savants y voit une forte recommandation, à cause d’un autre hadith : « Celui qui fait ses ablutions le vendredi, c’est bien ; et celui qui se lave, le lavage est meilleur » (مَنْ تَوَضَّأَ يَوْمَ الْجُمُعَةِ فَبِهَا وَنِعْمَتْ وَمَنِ اغْتَسَلَ فَالْغُسْلُ أَفْضَلُ, at-Tirmidhî 497, hasan selon at-Tirmidhî). Il se fait à partir de l’aube du vendredi ; les malikites demandent qu’il soit suivi du départ à la mosquée. Voir notre guide de la prière du vendredi.
Les Aïds. La pratique des Compagnons en est le modèle : « ʿAbd Allâh ibn ʿUmar se lavait le jour de l’Aïd al-Fitr avant de partir vers le lieu de la prière » (أَنَّ عَبْدَ اللَّهِ بْنَ عُمَرَ، كَانَ يَغْتَسِلُ يَوْمَ الْفِطْرِ قَبْلَ أَنْ يَغْدُوَ إِلَى الْمُصَلَّى, Muwattaʾ de Mâlik). Pour la prochaine fête, voir Aïd al-Adha 2027.
L’ihram. Zayd ibn Thâbit a vu le Prophète ﷺ « …se dévêtir pour entrer en état de sacralisation, et se laver » (أَنَّهُ رَأَى النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم تَجَرَّدَ لإِهْلاَلِهِ وَاغْتَسَلَ, at-Tirmidhî 830, hasan gharib selon at-Tirmidhî). Asmâʾ bint ʿUmays, qui venait d’accoucher, reçut cette réponse : « Lave-toi, protège-toi avec un linge, et entre en état de sacralisation » (اغْتَسِلِي وَاسْتَثْفِرِي بِثَوْبٍ وَأَحْرِمِي, Muslim 1218). Ce lavage prépare à la sacralisation : il se fait donc même pendant les lochies, et de même pendant les règles.
Après avoir lavé un défunt. At-Tirmidhî rapporte que Mâlik et ash-Shâfiʿî tiennent pour recommandé, et non obligatoire, le lavage de celui qui a lavé un défunt, et qu’Ahmad espérait qu’il ne soit pas obligatoire (at-Tirmidhî 993).
Le ghusl du Prophète ﷺ décrit par ʿÂʾisha
Deux de ses épouses ont décrit précisément son lavage. Voici le récit de ʿÂʾisha :
كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم إِذَا اغْتَسَلَ مِنَ الْجَنَابَةِ يَبْدَأُ فَيَغْسِلُ يَدَيْهِ ثُمَّ يُفْرِغُ بِيَمِينِهِ عَلَى شِمَالِهِ فَيَغْسِلُ فَرْجَهُ ثُمَّ يَتَوَضَّأُ وُضُوءَهُ لِلصَّلاَةِ ثُمَّ يَأْخُذُ الْمَاءَ فَيُدْخِلُ أَصَابِعَهُ فِي أُصُولِ الشَّعْرِ حَتَّى إِذَا رَأَى أَنْ قَدِ اسْتَبْرَأَ حَفَنَ عَلَى رَأْسِهِ ثَلاَثَ حَفَنَاتٍ ثُمَّ أَفَاضَ عَلَى سَائِرِ جَسَدِهِ ثُمَّ غَسَلَ رِجْلَيْهِ
Kâna rasûlu-llâhi ﷺ idha-ghtasala mina-l-janâbati yabdaʾu fa-yaghsilu yadayh, thumma yufrighu bi-yamînihi ʿalâ shimâlihi fa-yaghsilu farjah, thumma yatawaddaʾu wudûʾahu li-s-salâh, thumma yaʾkhudhu-l-mâʾa fa-yudkhilu asâbiʿahu fî usûli-sh-shaʿr, hattâ idhâ raʾâ an qadi-stabraʾa hafana ʿalâ raʾsihi thalâtha hafanât, thumma afâda ʿalâ sâʾiri jasadih, thumma ghasala rijlayh.
Lorsque le Messager d’Allah ﷺ se lavait de la janâba, il commençait par se laver les mains. Puis il versait de l’eau de sa main droite sur sa main gauche et lavait ses parties intimes. Puis il faisait ses ablutions comme pour la prière. Puis il prenait de l’eau et faisait pénétrer ses doigts à la racine des cheveux. Quand il voyait que l’eau avait bien atteint la peau, il versait trois poignées d’eau sur sa tête, puis il répandait l’eau sur le reste de son corps, puis il se lavait les pieds.
Le ghusl du Prophète ﷺ décrit par Maymûna
Maymûna, autre épouse du Prophète ﷺ, apporte des détails que ʿÂʾisha ne donne pas : le rinçage de la bouche et du nez, la main frottée contre le sol, et les pieds lavés à part.
وَضَعْتُ لِلنَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم غُسْلاً، فَسَتَرْتُهُ بِثَوْبٍ ، وَصَبَّ عَلَى يَدَيْهِ فَغَسَلَهُمَا، ثُمَّ صَبَّ بِيَمِينِهِ عَلَى شِمَالِهِ، فَغَسَلَ فَرْجَهُ، فَضَرَبَ بِيَدِهِ الأَرْضَ فَمَسَحَهَا، ثُمَّ غَسَلَهَا فَمَضْمَضَ، وَاسْتَنْشَقَ، وَغَسَلَ وَجْهَهُ وَذِرَاعَيْهِ، ثُمَّ صَبَّ عَلَى رَأْسِهِ، وَأَفَاضَ عَلَى جَسَدِهِ، ثُمَّ تَنَحَّى فَغَسَلَ قَدَمَيْهِ، فَنَاوَلْتُهُ ثَوْبًا فَلَمْ يَأْخُذْهُ، فَانْطَلَقَ وَهْوَ يَنْفُضُ يَدَيْهِ
Wadaʿtu li-n-nabiyyi ﷺ ghuslan, fa-satartuhu bi-thawb. Wa sabba ʿalâ yadayhi fa-ghasalahumâ, thumma sabba bi-yamînihi ʿalâ shimâlihi fa-ghasala farjah, fa-daraba bi-yadihi-l-arda fa-masahahâ, thumma ghasalahâ, fa-madmada wa-stanshaqa, wa ghasala wajhahu wa dhirâʿayh, thumma sabba ʿalâ raʾsihi, wa afâda ʿalâ jasadih, thumma tanahhâ fa-ghasala qadamayh. Fa-nâwaltuhu thawban fa-lam yaʾkhudh-h, fa-ntalaqa wa huwa yanfudu yadayh.
J’ai préparé pour le Prophète ﷺ l’eau de son lavage, et je l’ai abrité derrière un tissu. Il versa de l’eau sur ses mains et les lava. Puis il versa de sa main droite sur sa main gauche et lava ses parties intimes. Il frotta ensuite sa main contre le sol, puis la lava. Il se rinça la bouche et le nez, lava son visage et ses avant-bras, puis versa de l’eau sur sa tête et la répandit sur son corps. Puis il s’écarta et se lava les pieds. Je lui tendis un tissu, mais il ne le prit pas, et il s’en alla en secouant l’eau de ses mains.
Dans la version de Muslim (317), Maymûna précise qu’il fit « …ses ablutions comme pour la prière… », versa « …trois poignées pleines… » sur sa tête, et qu’il rendit la serviette qu’elle lui apporta. Ailleurs, il a résumé : « Quant à moi, je verse trois fois de l’eau sur ma tête » (أَمَّا أَنَا فَأُفِيضُ عَلَى رَأْسِي ثَلاَثًا, al-Bukhârî 254). Et il utilisait très peu d’eau : « Il se lavait avec un sâʿ, jusqu’à cinq mudd, et faisait ses ablutions avec un mudd » (al-Bukhârî 201). Le mudd est à peu près le contenu de deux mains jointes, et le sâʿ vaut quatre mudd.
Comment faire le ghusl : les étapes pas à pas
Voici le ghusl complet, celui de la Sunna, en suivant les deux récits. Les étapes marquées « Sunna » ne sont pas obligatoires ; le minimum valable est expliqué juste après.
L’intention et « Bismillâh »
Ayez dans le cœur l’intention de vous purifier de la janâba, des règles ou des lochies. Il n’est pas nécessaire de la prononcer. Dites « Bismillâh » (au nom d’Allah) : c’est une Sunna, et une obligation chez les hanbalites pour qui connaît la règle et y pense.
Se laver les mains
Lavez-vous les mains, deux ou trois fois, avant de les plonger dans l’eau (Sunna).
Laver les parties intimes
Versez de l’eau de la main droite sur la gauche et lavez les parties intimes avec la main gauche, ainsi que toute trace. Le Prophète ﷺ frottait ensuite sa main contre le sol, puis la lavait ; on peut aujourd’hui la nettoyer au savon.
Faire les ablutions de la prière
Faites les ablutions comme pour la prière : bouche, nez, visage, bras, tête, comme expliqué dans notre guide des ablutions (woudou). Vous pouvez garder le lavage des pieds pour la fin, comme dans le récit de Maymûna. Le rinçage de la bouche et du nez est obligatoire dans le ghusl chez les hanafites et les hanbalites.
Faire pénétrer l’eau à la racine des cheveux
Mouillez vos doigts et passez-les dans les cheveux jusqu’à ce que l’eau atteigne le cuir chevelu. Faites de même pour une barbe.
Trois fois sur la tête
Versez trois fois de l’eau sur la tête, à pleines mains ou sous la douche.
Tout le corps, en commençant par la droite
Faites couler l’eau sur tout le corps, le côté droit puis le gauche : le Prophète ﷺ aimait commencer par la droite « …dans sa purification et dans toutes ses affaires » (al-Bukhârî 168). Passez la main sur les endroits que l’eau atteint mal : aisselles, nombril, derrière les oreilles, plis de la peau, entre les orteils.
Les pieds
Si vous ne les avez pas lavés pendant les ablutions, lavez les pieds en dernier, à un autre endroit si vous étiez debout dans l’eau, comme le Prophète ﷺ qui « …s’écarta et se lava les pieds… ».
Le ghusl terminé, vous pouvez prier directement. ʿÂʾisha a dit du Prophète ﷺ : « …il se lavait, priait les deux unités de prière puis la prière de l’aube, et je ne pense pas qu’il refaisait les ablutions après le lavage » (…يَغْتَسِلُ وَيُصَلِّي الرَّكْعَتَيْنِ وَصَلاَةَ الْغَدَاةِ وَلاَ أُرَاهُ يُحْدِثُ وُضُوءًا بَعْدَ الْغُسْلِ, Abû Dâwûd 250, sahih selon al-Albânî). Si vous avez annulé vos ablutions pendant ou après le lavage, par exemple en touchant votre sexe selon les écoles qui le comptent ou en allant aux toilettes, refaites-les.
Le minimum valable : ce qui est obligatoire selon les quatre écoles
Tout le monde s’accorde sur l’essentiel : l’eau doit atteindre tout le corps, jusqu’au moindre endroit, y compris les cheveux et ce qui est caché (nombril, plis). Si un endroit, même petit, reste sec, le lavage n’est pas valable. Il faut aussi enlever tout ce qui empêche l’eau d’atteindre la peau. Pour le reste, les écoles divergent (al-Jazîrî) :
| Hanafites | Malikites | Chaféites | Hanbalites | |
|---|---|---|---|---|
| Intention | Sunna | Obligatoire | Obligatoire | Condition de validité |
| Eau sur tout le corps | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Rincer la bouche et le nez | Obligatoire | Sunna | Sunna | Obligatoire |
| Frotter le corps (dalk) | Sunna | Obligatoire | Sunna | Sunna |
| Sans interruption (muwâlât) | Sunna | Obligatoire (si l’on y pense et le peut) | Sunna | Sunna |
| « Bismillâh » | Sunna | Recommandé | Sunna | Obligatoire (si l’on sait et y pense) |
| Ordre des étapes | Sunna | Recommandé | Sunna | Sunna |
Concrètement, le ghusl minimal, celui qui est valable sans être complet, c’est : avoir l’intention, dire « Bismillâh », puis faire couler l’eau sur tout le corps en la faisant pénétrer dans les cheveux jusqu’au cuir chevelu, en se rinçant la bouche et le nez, en frottant et sans s’interrompre. Fait ainsi, il est valable dans les quatre écoles. Le hadith d’Umm Salama, plus bas, montre que trois poignées sur la tête puis l’eau sur le corps suffisent. Et quand le Prophète ﷺ donna un récipient d’eau à un homme en état de janâba, il lui dit simplement : « Va, et verse-la sur toi » (اذْهَبْ، فَأَفْرِغْهُ عَلَيْكَ, al-Bukhârî 344).
Les cheveux longs et tressés : le hadith d’Umm Salama
C’est une question que beaucoup de femmes se posent. Umm Salama l’a posée directement au Prophète ﷺ :
قُلْتُ يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنِّي امْرَأَةٌ أَشُدُّ ضَفْرَ رَأْسِي فَأَنْقُضُهُ لِغُسْلِ الْجَنَابَةِ قَالَ لاَ إِنَّمَا يَكْفِيكِ أَنْ تَحْثِي عَلَى رَأْسِكِ ثَلاَثَ حَثَيَاتٍ ثُمَّ تُفِيضِينَ عَلَيْكِ الْمَاءَ فَتَطْهُرِينَ
Qultu : yâ rasûla-llâh, innî-mraʾatun ashuddu dafra raʾsî, fa-anqudu-hu li-ghusli-l-janâba ? Qâla : lâ, innamâ yakfîki an tahthî ʿalâ raʾsiki thalâtha hathayât, thumma tufîdîna ʿalayki-l-mâʾa fa-tathurîn.
J’ai dit : « Ô Messager d’Allah, je suis une femme qui serre fort les tresses de ses cheveux. Dois-je les défaire pour le lavage de la janâba ? » Il répondit : « Non. Il te suffit de verser sur ta tête trois poignées d’eau, puis de répandre l’eau sur toi, et tu seras purifiée. »
Dans une autre chaîne rapportée par Muslim (330), la question porte sur « …les règles et la janâba », et la réponse est la même : « Non ». ʿÂʾisha s’étonnait d’ailleurs qu’un Compagnon ordonne aux femmes de défaire leurs cheveux : « …je me lavais avec le Messager d’Allah ﷺ d’un même récipient, et je ne faisais rien de plus que verser trois fois de l’eau sur ma tête » (…لَقَدْ كُنْتُ أَغْتَسِلُ أَنَا وَرَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم مِنْ إِنَاءٍ وَاحِدٍ وَلاَ أَزِيدُ عَلَى أَنْ أُفْرِغَ عَلَى رَأْسِي ثَلاَثَ إِفْرَاغَاتٍ, Muslim 331).
Ce que disent les écoles :
- Janâba : la femme n’a pas à défaire ses tresses si l’eau atteint la racine des cheveux (accord des quatre écoles, selon Islamweb). Les malikites et les chaféites demandent de les défaire si elles sont si serrées que l’eau ne passe pas (et les malikites, si elles sont nouées avec trois fils ou plus).
- Fin des règles et des lochies : la plupart des savants, dont les hanafites, les malikites et les chaféites, appliquent la même règle (encyclopédie de fiqh de Dorar). Les hanbalites, selon l’avis retenu de leur école, lui demandent de les défaire (al-Jazîrî ; Islamweb, fatwa 69784) ; Ibn Qudâma, hanbalite lui aussi, le juge seulement recommandé.
- Les extensions, le gel épais ou tout produit qui forme une couche sur les cheveux et empêche l’eau d’atteindre le cuir chevelu doivent être retirés.
Le ghusl après les règles et les lochies
Il se fait exactement comme le ghusl de la janâba, avec l’intention de se purifier des règles (ou des lochies). Une femme interrogea le Prophète ﷺ sur ce lavage ; il lui expliqua comment se laver, puis lui conseilla de prendre un morceau de tissu parfumé au musc pour se purifier. Comme elle ne comprenait pas, ʿÂʾisha la prit à part et lui expliqua de l’utiliser là où le sang avait laissé une trace (خُذِي فِرْصَةً مِنْ مِسْكٍ فَتَطَهَّرِي بِهَا, al-Bukhârî 314, Muslim 332). Le parfum est une Sunna, pas une condition du lavage.
Si les règles et la janâba se cumulent, un seul ghusl suffit avec l’intention des deux. Pour savoir quand les règles sont vraiment terminées, et pour les saignements irréguliers, demandez conseil à une personne de science de confiance : ce sujet a ses propres règles.
Les points à ne pas oublier
- Les ablutions sont déjà comprises dans le ghusl : inutile de les refaire si rien ne les a annulées (Abû Dâwûd 250).
- La bouche et le nez : obligatoires chez les hanafites et les hanbalites, Sunna pour les autres. Rincez-les toujours.
- Les endroits que l’eau atteint mal : nombril, derrière les oreilles, aisselles, plis, entre les orteils, sous une bague serrée, cuir chevelu sous des cheveux épais.
- Le vernis et le maquillage imperméable (fond de teint épais, mascara waterproof) : tout ce qui forme une couche doit être retiré avant le lavage ; le henné, qui ne laisse qu’une couleur, ne gêne pas. Le détail est dans notre guide des ablutions, car la règle est la même.
- La vie continue en état de janâba : on peut rencontrer les gens, manger, invoquer Allah. Le croyant ne devient pas impur (al-Bukhârî 283).
- L’heure de la prière : on peut retarder le lavage, mais il doit être fait à temps pour prier dans l’heure.
- Le liquide prostatique (madhy) oblige seulement aux ablutions, pas au ghusl (al-Bukhârî 178).
- Peu d’eau suffit : le Prophète ﷺ se lavait avec un sâʿ à cinq mudd (al-Bukhârî 201).
Cas pratiques : douche, bain, maquillage, pansement
Sous la douche. Une douche est un ghusl valable si vous avez l’intention et que l’eau atteint tout le corps (avec la bouche et le nez pour les hanafites et les hanbalites, le frottement et la continuité pour les malikites). Le shampooing et le savon sont permis, avant ou pendant. Rien n’oblige à être assis ou debout, ni à se tourner vers la qibla (la direction de la Kaʿba).
Dans une baignoire ou en mer. Plonger tout le corps dans l’eau avec l’intention suffit, en rinçant la bouche et le nez pour les hanafites et les hanbalites ; les malikites demandent en plus de frotter le corps sans s’interrompre.
Un seul ghusl pour plusieurs raisons. Si vous êtes en janâba un vendredi, un seul lavage avec l’intention des deux suffit : Ibn Qudâma écrit qu’il ne connaît pas de divergence sur ce point (cité par IslamQA, fatwa 88032).
Pansement ou plâtre. Lavez tout ce qui est découvert et passez la main mouillée sur le pansement, comme pour les ablutions : la règle et les divergences sont expliquées dans notre guide des ablutions.
Les ablutions faites dans le ghusl. Si vous les avez faites au début et que vous les annulez avant la fin (par exemple en touchant votre sexe, pour les écoles qui le comptent), terminez votre lavage puis refaites les ablutions (Islamweb, fatwa 128234).
Sans eau ou si l’eau est dangereuse : le tayammum
Si vous n’avez pas d’eau, ou si l’eau vous ferait du tort (maladie, blessure, froid dangereux), le tayammum remplace le ghusl. Un homme dit au Prophète ﷺ : « Je suis en état de janâba et il n’y a pas d’eau. » Il lui répondit : « Prends la terre, elle te suffit » (عَلَيْكَ بِالصَّعِيدِ، فَإِنَّهُ يَكْفِيكَ, al-Bukhârî 344). Plus tard, quand on trouva de l’eau, le Prophète ﷺ lui en donna pour qu’il se lave : le tayammum vaut jusqu’à ce que l’eau soit à nouveau disponible. La manière de le faire est la même que pour les ablutions : voir notre guide des ablutions.
Ce qu’on ne peut pas faire en état de janâba
Avant le ghusl, certains actes sont interdits. Voici ce que disent les écoles (al-Jazîrî ; encyclopédie de fiqh de Dorar).
| Acte | Règle | Détail |
|---|---|---|
| Prier | Interdit, sans divergence | Coran 4:43 et 5:6 |
| Tawâf autour de la Kaʿba | Interdit dans les quatre écoles | al-Bukhârî 305 ; la validité d’un tawâf fait ainsi est discutée |
| Toucher le mushaf | Interdit dans les quatre écoles | Dâwûd az-Zâhirî, fondateur de l’école zâhirite, l’a permis |
| Rester à la mosquée | Interdit dans les quatre écoles (sauf, chez les hanbalites, après les ablutions) | Passer sans s’arrêter est permis chez les chaféites et les hanbalites |
| Réciter le Coran | Interdit dans les quatre écoles | Petites exceptions selon les écoles ; quelques savants l’ont permis |
Le tawâf. Le Prophète ﷺ a dit à ʿÂʾisha, qui avait ses règles pendant le pèlerinage : « …fais tout ce que fait le pèlerin, sauf que tu ne tournes pas autour de la Maison avant d’être purifiée » (…فَافْعَلِي مَا يَفْعَلُ الْحَاجُّ، غَيْرَ أَنْ لاَ تَطُوفِي بِالْبَيْتِ حَتَّى تَطْهُرِي, al-Bukhârî 305). Les savants y joignent le junub. Que vaut un tawâf fait sans être pur ? Ibn al-Qayyim rapporte deux avis connus (Iʿlâm al-muwaqqiʿîn, cité par Dorar) : si cela vous est arrivé, demandez à un savant.
Toucher le mushaf. Le Coran dit : « Seuls les purifiés le touchent » (لَا يَمَسُّهُ إِلَّا الْمُطَهَّرُونَ, al-Wâqiʿa, 56:79), et une lettre du Prophète ﷺ à ʿAmr ibn Hazm contient : « que nul ne touche le Coran s’il n’est pur » (أَنْ لاَ يَمَسَّ الْقُرْآنَ إِلاَّ طَاهِرٌ, Muwattaʾ de Mâlik, 15, n° 1, authentique selon al-Albânî). Les savants l’ont reçue et appliquée, comme Salmân al-Fârisî qui refusait de toucher le Coran sans être purifié (ad-Dâraqutnî, qui le juge authentique, selon Dorar). Lire sur un téléphone sans toucher le texte est une autre question, à poser à votre imam.
Rester à la mosquée. Le verset dit : « …ni en état de janâba, sauf si vous ne faites que passer… » (4:43). Les quatre écoles interdisent de s’y installer. Les chaféites et les hanbalites permettent de la traverser ; les hanafites et les malikites seulement en cas de nécessité. Les hanbalites permettent même d’y rester après avoir fait les ablutions, en citant des Compagnons qui le faisaient (Ibn Taymiyya, rapporté par Dorar).
Réciter le Coran. La plupart des savants l’interdisent : ʿUmar ibn al-Khattâb n’aimait pas réciter le Coran en état de janâba (ʿAbd ar-Razzâq, chaîne authentifiée par al-Bayhaqî et Ibn Hajar, selon Dorar), et ʿAlî disait : « Récitez le Coran tant que la janâba ne vous a pas atteints ; si elle vous atteint, non, pas même une lettre » (ad-Dâraqutnî, qui le juge authentique, selon Dorar). Les quatre écoles interdisent la récitation, avec des exceptions : les hanbalites permettent moins d’un verset ; les chaféites, une formule coranique dite comme invocation (« Bismillâh » en mangeant) ; les hanafites, une courte formule dite comme invocation ; les malikites, un verset pour se protéger ou pour citer une preuve. À l’inverse, al-Bukhârî, at-Tabarî, Ibn al-Mundhir et les zâhirites (attachés au sens apparent des textes) l’ont permise (Ibn Hajar, rapporté par Dorar).
Ce qui reste permis. Invoquer Allah et le rappeler : « Le Prophète ﷺ rappelait Allah en tout état » (كَانَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم يَذْكُرُ اللَّهَ عَلَى كُلِّ أَحْيَانِهِ, Muslim 373). Dormir, de préférence après les ablutions : à ʿUmar qui demandait si l’on peut dormir en état de janâba, il répondit « Oui : quand l’un de vous a fait les ablutions, qu’il dorme, même en état de janâba » (نَعَمْ إِذَا تَوَضَّأَ أَحَدُكُمْ فَلْيَرْقُدْ وَهُوَ جُنُبٌ, al-Bukhârî 287). Jeûner : « …l’aube le surprenait en état de janâba, puis il se lavait et jeûnait » (…كَانَ يُدْرِكُهُ الْفَجْرُ وَهُوَ جُنُبٌ مِنْ أَهْلِهِ، ثُمَّ يَغْتَسِلُ وَيَصُومُ, al-Bukhârî 1925). Voir notre article Ramadan 2027.
Le ghusl du défunt : la toilette mortuaire
Le mot ghusl désigne aussi la toilette rituelle du défunt, l’un des devoirs de la communauté envers lui, avant le linceul et la salât al-janaza. Ce n’est pas le même acte : il est fait par d’autres, des musulmans du même sexe que le défunt, sauf entre époux selon les écoles. À la mort de sa fille, le Prophète ﷺ dit aux femmes qui la lavaient : « Lavez-la trois fois, ou cinq… avec de l’eau et du jujubier… » (اغْسِلْنَهَا ثَلاَثًا أَوْ خَمْسًا… بِمَاءٍ وَسِدْرٍ…, al-Bukhârî 1253). Ceux qui ont lavé un défunt font ensuite, de préférence, leur propre ghusl (at-Tirmidhî 993). Si vous vivez en France, notre guide des démarches après un décès explique comment l’organiser (chambre mortuaire, mosquée, pompes funèbres).
Pour finir
Le ghusl n’est pas compliqué : une intention, de l’eau sur tout le corps, et les gestes du Prophète ﷺ pour le faire pleinement. Une fois purifié, il reste à prier : notre guide pour faire la prière pas à pas vous accompagne. Pour un cas particulier (maladie, saignements irréguliers, doute), demandez à l’imam de votre mosquée.
Questions fréquentes
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