Sourate Al-Fatiha : arabe, phonétique et traduction
La sourate Al-Fatiha en arabe, en phonétique et en français, verset par verset, avec son explication d’après les grands commentaires, ses noms, ses mérites authentiques et les points de prononciation qui changent le sens.

La sourate Al-Fatiha, « l’Ouverture », est la première sourate du Coran et la sourate que l’on récite dans chaque rakʿa (unité de la prière). Le Prophète ﷺ l’a appelée la plus grande sourate du Coran. Vous trouverez ici Al-Fatiha en arabe, sa phonétique verset par verset, sa traduction en français, l’explication de chaque verset d’après les grands commentaires, ses noms, ses mérites authentiques et les points de prononciation qui changent le sens.
Sourate Al-Fatiha en arabe : le texte complet
Voici la sourate telle qu’elle figure dans le mushaf, l’exemplaire écrit du Coran, avec ses voyelles et le numéro de chaque verset.
﴿ بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ ﴿١﴾ الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ ﴿٢﴾ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ ﴿٣﴾ مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ ﴿٤﴾ إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ ﴿٥﴾ اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ ﴿٦﴾ صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ ﴿٧﴾ ﴾
Bismi-llâhi-r-rahmâni-r-rahîm. Al-hamdu lillâhi rabbi-l-ʿâlamîn. Ar-rahmâni-r-rahîm. Mâliki yawmi-d-dîn. Iyyâka naʿbudu wa iyyâka nastaʿîn. Ihdina-s-sirâta-l-mustaqîm. Sirâta-lladhîna anʿamta ʿalayhim, ghayri-l-maghdûbi ʿalayhim wa la-d-dâllîn.
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. La louange appartient à Allah, Seigneur des mondes, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux, Maître du Jour de la Rétribution. C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous demandons l’aide. Guide-nous vers le chemin droit, le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits, non pas de ceux qui ont encouru la colère, ni des égarés.

Avant de réciter, on dit aʿûdhu billâhi mina-sh-shaytâni-r-rajîm, « je cherche protection auprès d’Allah contre Satan le lapidé ». Cette formule n’est pas un verset de la Fâtiha : on la dit avant de lire le Coran, d’après le verset an-Nahl 16:98.
Al-Fatiha en phonétique et en français, verset par verset
Chaque ligne est un verset. Lisez l’arabe si vous le pouvez ; la phonétique sert à démarrer, en écoutant la récitation.
| N° | Arabe | Phonétique | Traduction |
|---|---|---|---|
| 1 | بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ | Bismi-llâhi-r-rahmâni-r-rahîm | Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux |
| 2 | الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ | Al-hamdu lillâhi rabbi-l-ʿâlamîn | La louange appartient à Allah, Seigneur des mondes |
| 3 | الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ | Ar-rahmâni-r-rahîm | le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux |
| 4 | مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ | Mâliki yawmi-d-dîn | Maître du Jour de la Rétribution |
| 5 | إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ | Iyyâka naʿbudu wa iyyâka nastaʿîn | C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous demandons l’aide |
| 6 | اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ | Ihdina-s-sirâta-l-mustaqîm | Guide-nous vers le chemin droit |
| 7 | صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ | Sirâta-lladhîna anʿamta ʿalayhim, ghayri-l-maghdûbi ʿalayhim wa la-d-dâllîn | le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits, non pas de ceux qui ont encouru la colère, ni des égarés |
Bien prononcer la Fâtiha : les repères
- â, î, û sont des voyelles longues, tenues deux temps : rahmân, rahîm, dîn, nastaʿîn.
- ʿ note le ʿayn, une consonne de gorge : ʿâlamîn, naʿbudu, nastaʿîn, anʿamta, ʿalayhim. Ne la remplacez pas par une simple voyelle.
- h de hamd, rahmân, rahîm est un h soufflé du fond de la gorge (ح). Ce n’est ni le h muet du français ni le h léger (ه) de ihdinâ et ʿalayhim.
- s de sirât, t de sirât, d de maghdûb et de dâllîn sont des lettres emphatiques (ص, ط, ض), prononcées la bouche plus ouverte, la langue plus lourde.
- gh de ghayri et maghdûbi est un r grasseyé, proche du r parisien. dh de lladhîna se prononce comme le th anglais de this.
- Les doubles consonnes se tiennent : iyyâka, rabbi, ar-rahmân (le l de l’article se fond dans le r), ad-dâllîn.
- Le l d’Allah est léger après un i : bismi-llâhi, lillâhi.
- wa la-d-dâllîn : le â qui précède le double l s’allonge six temps (madd lâzim). C’est le seul allongement de la sourate qui doit toujours durer six temps.
- À l’arrêt en fin de verset, la dernière voyelle tombe : on dit rahîm, ʿâlamîn, dîn, et non rahîmi, ʿâlamîna.
Pour mémoriser : un verset par jour, en écoutant un récitateur reconnu, en le répétant plusieurs fois. En une semaine, la sourate est apprise. Faites ensuite vérifier votre récitation par l’imam de votre mosquée ou un enseignant : une oreille exercée corrige en quelques minutes ce que la phonétique ne peut pas montrer.
La traduction d’Al-Fatiha en français : quelques mots clés
Aucune traduction ne rend tout le sens du Coran. Celle que nous donnons reste au plus près des mots. Quelques choix demandent une explication :
- Allah n’est pas traduit : c’est Son nom propre.
- Ar-Rahmân et ar-Rahîm viennent tous deux de rahma, la miséricorde. Ibn Kathîr rapporte qu’ar-Rahmân a un sens plus large, et cite, d’après at-Tabarî, cette explication : Il est ar-Rahmân envers toute la création, et ar-Rahîm envers les croyants. D’où « Tout-Miséricordieux » et « Très-Miséricordieux ».
- Al-ʿâlamîn, « les mondes », désigne tout ce qui existe en dehors d’Allah, selon as-Saʿdî : toute la création.
- Ad-dîn, dans yawmi-d-dîn, signifie ici la rétribution : le Jour où chacun reçoit le prix de ses actes. Ibn Kathîr le rapporte d’Ibn ʿAbbâs.
- As-sirât al-mustaqîm, « le chemin droit », est le chemin clair, sans détour (at-Tabarî, cité par Ibn Kathîr) ; Ibn ʿAbbâs l’explique par l’islam.
L’explication de la sourate Al-Fatiha, verset par verset
Voici le sens de chaque verset d’après les commentaires d’Ibn Kathîr, d’at-Tabarî et d’as-Saʿdî.
« Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux »
As-Saʿdî explique : « Je commence par chacun des noms d’Allah », car le mot ism (nom), ainsi rattaché, les englobe tous. Allah est Celui qui est adoré, le seul qui mérite l’adoration. Les deux noms qui suivent disent que Sa miséricorde est immense et embrasse toute chose. On commence donc la récitation en s’appuyant sur Allah et en rappelant Sa miséricorde.
« La louange appartient à Allah, Seigneur des mondes »
Al-hamd, la louange, est pour as-Saʿdî l’éloge d’Allah pour Ses attributs parfaits et pour Ses actes, qui sont tous grâce ou justice. Ibn Kathîr distingue la louange (hamd) du remerciement (shukr) : on remercie pour un bienfait reçu, on loue aussi pour ce qu’est l’autre. Rabb est le Seigneur qui crée, nourrit, entretient et dirige Sa création. As-Saʿdî note que cette seigneurie est de deux sortes : générale, pour toutes les créatures (la vie, la subsistance), et particulière, pour Ses alliés, qu’Il guide vers la foi et protège du mal.
« Le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux »
Les deux noms reviennent juste après « Seigneur des mondes ». Ibn Kathîr rapporte l’explication d’al-Qurtubî : la seigneurie peut inspirer la crainte, et la miséricorde vient aussitôt ouvrir l’espoir. Le croyant avance ainsi entre crainte et espérance.
« Maître du Jour de la Rétribution »
Allah est le Maître de tous les jours, mais ce Jour est nommé parce que, ce jour-là, personne d’autre ne pourra prétendre posséder quoi que ce soit, ni parler sans Sa permission (Ibn Kathîr). As-Saʿdî ajoute que rois et sujets y seront égaux, soumis à Sa grandeur, espérant Sa récompense et craignant Son châtiment.
Ce verset se lit de deux façons authentiques, mâliki (Celui qui possède) et maliki (le Roi). Ibn Kathîr précise que les deux lectures sont sûres et transmises de façon continue (voir la FAQ). Le sens se complète : Allah possède ce Jour et y règne.
« C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous demandons l’aide »
C’est le cœur de la sourate. En arabe, le complément « Toi » est placé avant le verbe, ce qui exprime l’exclusivité : nous T’adorons, Toi, et personne d’autre ; nous demandons Ton aide, et celle de personne d’autre (as-Saʿdî). Ibn Kathîr rapporte la parole de certains anciens : « La Fâtiha est le secret du Coran, et ce verset est le secret de la Fâtiha. » La première moitié écarte toute association ; la seconde reconnaît qu’on ne peut rien sans Allah.
Remarquez aussi le changement de ton : jusqu’ici, on parlait d’Allah ; maintenant, on s’adresse à Lui directement, « Toi ». Ibn Kathîr l’explique ainsi : après L’avoir loué, le serviteur se tient devant Lui et Lui parle.
As-Saʿdî rappelle deux conditions pour qu’un acte soit une adoration : qu’il soit fait pour Allah seul, et qu’il soit pris du Prophète ﷺ.
« Guide-nous vers le chemin droit »
On demande à Allah de nous montrer le chemin, de nous y conduire et de nous y maintenir. As-Saʿdî distingue la guidance vers le chemin (entrer dans l’islam) et la guidance sur le chemin (savoir et pratiquer chaque détail de la religion). C’est, dit-il, l’invocation la plus complète et la plus utile au serviteur, et c’est pourquoi on la répète dans chaque rakʿa.
Pourquoi un croyant demande-t-il la guidance, puisqu’il est déjà musulman ? Ibn Kathîr répond : parce qu’il en a besoin à chaque heure, pour rester ferme sur ce chemin et y progresser.
« Le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits… »
Ceux qu’Allah a comblés sont nommés dans un autre verset : les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux (an-Nisâʾ 4:69, cité par Ibn Kathîr et as-Saʿdî).
Le verset écarte ensuite deux autres chemins. As-Saʿdî les définit : ceux qui ont encouru la colère sont ceux qui ont connu la vérité et l’ont délaissée ; les égarés sont ceux qui l’ont délaissée par ignorance. Il cite en exemple les juifs pour les premiers et les chrétiens pour les seconds, « et leurs semblables ». Le Prophète ﷺ l’a dit dans un hadith d’ʿAdî ibn Hâtim : الْيَهُودُ مَغْضُوبٌ عَلَيْهِمْ وَالنَّصَارَى ضُلاَّلٌ — al-yahûdu maghdûbun ʿalayhim wa-n-nasârâ dullâl — « Les juifs ont encouru la colère, et les chrétiens sont égarés » (at-Tirmidhî 2954, sahih selon al-Albânî). Ibn Kathîr en tire la leçon pour le croyant : unir la science et la pratique, pour ne tomber dans aucun des deux travers.
Les noms de la sourate Al-Fatiha et leurs preuves
Plusieurs noms viennent du Prophète ﷺ lui-même. Voici les principaux, avec leur source.
| Nom | Sens | Preuve |
|---|---|---|
| Al-Fâtiha, Fâtihat al-Kitâb | L’Ouverture du Livre | « Pas de prière pour qui ne récite pas Fâtihat al-Kitâb » (al-Bukhârî 756) |
| Umm al-Qurʾân, Umm al-Kitâb | La Mère du Coran, la Mère du Livre | Abû Dâwûd 1457 ; at-Tirmidhî 3124 ; al-Bukhârî 4704 |
| As-Sabʿ al-Mathânî | Les sept (versets) répétés | Coran 15:87 ; al-Bukhârî 4474 et 4704 |
| Al-Qurʾân al-ʿAzîm | Le Coran immense | al-Bukhârî 4474 et 4704 |
| As-Salât | La prière | « J’ai partagé la prière entre Moi et Mon serviteur… » (Muslim 395) |
| Ar-Ruqya | La formule de guérison | « Comment savait-il que c’est une ruqya ?… » (al-Bukhârî 5007) |
| Al-Hamd | La louange | Ibn Kathîr, d’après son premier mot |
أُمُّ الْقُرْآنِ هِيَ السَّبْعُ الْمَثَانِي وَالْقُرْآنُ الْعَظِيمُ
Ummu-l-Qurʾâni hiya-s-sabʿu-l-mathânî wa-l-Qurʾânu-l-ʿazîm.
La Mère du Coran, ce sont les sept (versets) répétés et le Coran immense.
Le nom as-Sabʿ al-Mathânî reprend le Coran lui-même :
﴿ وَلَقَدْ آتَيْنَاكَ سَبْعًا مِنَ الْمَثَانِي وَالْقُرْآنَ الْعَظِيمَ ﴾
Wa laqad âtaynâka sabʿam-mina-l-mathânî wa-l-Qurʾâna-l-ʿazîm.
Nous t’avons donné sept des (versets) répétés, et le Coran immense.
Pourquoi « Mère du Livre » ? Al-Bukhârî, cité par Ibn Kathîr, explique que le Coran commence par elle et que la prière commence par sa récitation. At-Tabarî ajoute que les Arabes appellent umm (mère) ce qui rassemble plusieurs choses. D’autres savants disent qu’elle contient en résumé le sens de tout le Coran.
Les mérites authentiques de la sourate Al-Fatiha
La plus grande sourate du Coran
Abû Saʿîd ibn al-Muʿallâ priait à la mosquée quand le Prophète ﷺ l’a appelé. Il n’a répondu qu’après sa prière. Le Prophète ﷺ lui a rappelé le verset « … Répondez à Allah et au Messager quand il vous appelle… » (al-Anfâl 8:24), puis lui a promis de lui enseigner une sourate avant qu’il ne sorte.
لأُعَلِّمَنَّكَ سُورَةً هِيَ أَعْظَمُ السُّوَرِ فِي الْقُرْآنِ قَبْلَ أَنْ تَخْرُجَ مِنَ الْمَسْجِدِ … الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ هِيَ السَّبْعُ الْمَثَانِي وَالْقُرْآنُ الْعَظِيمُ الَّذِي أُوتِيتُهُ
La-uʿallimannaka sûratan hiya aʿzamu-s-suwari fi-l-Qurʾâni qabla an takhruja mina-l-masjid… Al-hamdu lillâhi rabbi-l-ʿâlamîn, hiya-s-sabʿu-l-mathânî wa-l-Qurʾânu-l-ʿazîmu-lladhî ûtîtuh.
« Je vais t’enseigner une sourate qui est la plus grande sourate du Coran, avant que tu ne sortes de la mosquée. » […] « Al-hamdu lillâhi rabbi-l-ʿâlamîn : ce sont les sept (versets) répétés et le Coran immense qui m’a été donné. »
Aucune sourate semblable dans les Écritures
Le Prophète ﷺ a posé la même question à Ubayy ibn Kaʿb, puis lui a demandé ce qu’il récitait dans la prière. Ubayy a récité la Fâtiha.
وَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ مَا أُنْزِلَتْ فِي التَّوْرَاةِ وَلاَ فِي الإِنْجِيلِ وَلاَ فِي الزَّبُورِ وَلاَ فِي الْفُرْقَانِ مِثْلُهَا وَإِنَّهَا سَبْعٌ مِنَ الْمَثَانِي وَالْقُرْآنُ الْعَظِيمُ الَّذِي أُعْطِيتُهُ
Wa-lladhî nafsî biyadihî mâ unzilat fi-t-Tawrâti wa lâ fi-l-Injîli wa lâ fi-z-Zabûri wa lâ fi-l-Furqâni mithluhâ, wa innahâ sabʿum-mina-l-mathânî wa-l-Qurʾânu-l-ʿazîmu-lladhî uʿtîtuh.
Par Celui qui tient mon âme en Sa main, il n’a été révélé ni dans la Torah, ni dans l’Évangile, ni dans les Psaumes, ni dans le Coran (al-Furqân) rien de semblable à elle. Elle est sept des (versets) répétés, et le Coran immense qui m’a été donné.
L’une des deux lumières données au seul Prophète Muhammad ﷺ
Ibn ʿAbbâs raconte qu’un ange est descendu par une porte du ciel ouverte pour la première fois, et a dit au Prophète ﷺ :
أَبْشِرْ بِنُورَيْنِ أُوتِيتَهُمَا لَمْ يُؤْتَهُمَا نَبِيٌّ قَبْلَكَ فَاتِحَةُ الْكِتَابِ وَخَوَاتِيمُ سُورَةِ الْبَقَرَةِ لَنْ تَقْرَأَ بِحَرْفٍ مِنْهُمَا إِلاَّ أُعْطِيتَهُ
Abshir binûrayni ûtîtahumâ lam yuʾtahumâ nabiyyun qablak : Fâtihatu-l-Kitâbi wa khawâtîmu sûrati-l-Baqara. Lan taqraʾa biharfin minhumâ illâ uʿtîtah.
Réjouis-toi de deux lumières qui t’ont été données et qu’aucun prophète avant toi n’a reçues : la Fâtiha et la fin de la sourate al-Baqara. Tu n’en réciteras pas une lettre sans qu’elle te soit accordée.
Un dialogue avec Allah dans chaque prière
C’est sans doute le hadith qui change le plus la façon de réciter la Fâtiha. Abû Hurayra rapporte que le Prophète ﷺ a dit qu’Allah a dit :
قَالَ اللَّهُ تَعَالَى قَسَمْتُ الصَّلاَةَ بَيْنِي وَبَيْنَ عَبْدِي نِصْفَيْنِ وَلِعَبْدِي مَا سَأَلَ فَإِذَا قَالَ الْعَبْدُ الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ. قَالَ اللَّهُ تَعَالَى حَمِدَنِي عَبْدِي وَإِذَا قَالَ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ. قَالَ اللَّهُ تَعَالَى أَثْنَى عَلَىَّ عَبْدِي. وَإِذَا قَالَ مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ. قَالَ مَجَّدَنِي عَبْدِي - وَقَالَ مَرَّةً فَوَّضَ إِلَىَّ عَبْدِي - فَإِذَا قَالَ إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ. قَالَ هَذَا بَيْنِي وَبَيْنَ عَبْدِي وَلِعَبْدِي مَا سَأَلَ. فَإِذَا قَالَ اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ * صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلاَ الضَّالِّينَ. قَالَ هَذَا لِعَبْدِي وَلِعَبْدِي مَا سَأَلَ
Qâla-llâhu taʿâlâ : qasamtu-s-salâta baynî wa bayna ʿabdî nisfayn, wa liʿabdî mâ saʾal…
Allah, le Très-Haut, a dit : « J’ai partagé la prière entre Moi et Mon serviteur en deux moitiés, et Mon serviteur aura ce qu’il demande. Quand le serviteur dit : “La louange appartient à Allah, Seigneur des mondes”, Allah dit : “Mon serviteur M’a loué.” Quand il dit : “Le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux”, Allah dit : “Mon serviteur a fait Mon éloge.” Quand il dit : “Maître du Jour de la Rétribution”, Il dit : “Mon serviteur M’a glorifié” — et une fois Il a dit : “Mon serviteur s’en est remis à Moi.” Quand il dit : “C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous demandons l’aide”, Il dit : “Ceci est entre Moi et Mon serviteur, et Mon serviteur aura ce qu’il demande.” Quand il dit : “Guide-nous vers le chemin droit, le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits, non pas de ceux qui ont encouru la colère, ni des égarés”, Il dit : “Ceci est pour Mon serviteur, et Mon serviteur aura ce qu’il demande.” »
Le mot « prière » désigne ici la Fâtiha récitée dans la prière, explique Ibn Kathîr. La première moitié de la sourate est louange d’Allah ; le cinquième verset fait le lien ; la fin est la demande du serviteur. Réciter en sachant qu’Allah répond, verset après verset, c’est la meilleure façon de ne pas la dire machinalement.
Une ruqya approuvée par le Prophète ﷺ
Des Compagnons en voyage campaient près d’une tribu dont le chef avait été piqué. L’un d’eux s’est proposé pour le soigner, alors que ses compagnons ne lui connaissaient aucune pratique de ce genre. Il a récité la Fâtiha et le chef a guéri. Interrogé ensuite, il a dit :
لاَ، مَا رَقَيْتُ إِلاَّ بِأُمِّ الْكِتَابِ … وَمَا كَانَ يُدْرِيهِ أَنَّهَا رُقْيَةٌ اقْسِمُوا وَاضْرِبُوا لِي بِسَهْمٍ
Lâ, mâ raqaytu illâ bi-Ummi-l-Kitâb… Wa mâ kâna yudrîhi annahâ ruqya ? Iqsimû wa-dribû lî bisahm.
« Non, je n’ai récité comme ruqya que la Mère du Livre. » […] Le Prophète ﷺ a dit : « Comment savait-il que c’est une ruqya ? Partagez (les moutons), et réservez-moi une part. »
Dans une autre version (al-Bukhârî 5749), le Compagnon récitait en soufflant légèrement, avec un peu de salive. La ruqya consiste à réciter le Coran et des invocations authentiques sur soi ou sur un malade en demandant la guérison à Allah. On peut la faire pour soi-même, sans intermédiaire. Les savants y joignent souvent Ayat al-Kursi et les trois dernières sourates.
« Pas de prière sans la Fâtiha » et le « âmîn »
La Fâtiha est au cœur de la prière.
لاَ صَلاَةَ لِمَنْ لَمْ يَقْرَأْ بِفَاتِحَةِ الْكِتَابِ
Lâ salâta liman lam yaqraʾ bi-Fâtihati-l-Kitâb.
Pas de prière pour qui ne récite pas la Fâtiha.
Au début de ce même hadith de Muslim (395), avant la parole d’Allah citée plus haut, le Prophète ﷺ dit de la prière où l’on ne récite pas la Fâtiha : مَنْ صَلَّى صَلاَةً لَمْ يَقْرَأْ فِيهَا بِأُمِّ الْقُرْآنِ فَهْىَ خِدَاجٌ - ثَلاَثًا - غَيْرُ تَمَامٍ — elle est « défectueuse », il le répète trois fois, « incomplète ». Notre guide comment faire la prière montre la place de la Fâtiha dans chaque rakʿa. Elle est aussi récitée dans la prière funéraire : Ibn ʿAbbâs l’y a récitée « pour qu’ils sachent que c’est une sunna » (al-Bukhârî 1335).
À la fin de la sourate, on dit âmîn, qui signifie « Ô Allah, exauce » (Ibn Kathîr).
إِذَا قَالَ الإِمَامُ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلاَ الضَّالِّينَ فَقُولُوا آمِينَ. فَإِنَّهُ مَنْ وَافَقَ قَوْلُهُ قَوْلَ الْمَلاَئِكَةِ غُفِرَ لَهُ مَا تَقَدَّمَ مِنْ ذَنْبِهِ
Idhâ qâla-l-imâmu : ghayri-l-maghdûbi ʿalayhim wa la-d-dâllîn, fa-qûlû : âmîn. Fa-innahû man wâfaqa qawluhû qawla-l-malâʾikati ghufira lahû mâ taqaddama min dhanbih.
Quand l’imam dit « ghayri-l-maghdûbi ʿalayhim wa la-d-dâllîn », dites « âmîn » : celui dont la parole coïncide avec celle des anges, ses péchés passés lui sont pardonnés.
Âmîn n’est pas un verset : il ne figure pas dans le mushaf. On le dit après la Fâtiha, séparé d’elle. An-Nawawî, cité par Islamweb, retient deux prononciations : âmîn, avec un a long (la plus correcte), et amîn, avec un a bref, toujours avec un m simple.
La basmala : un verset de la Fâtiha ?
Bismi-llâhi-r-rahmâni-r-rahîm ouvre la Fâtiha dans tous les mushafs. Les savants divergent sur le fait qu’elle en soit un verset : c’est pourquoi certains imams la disent à voix haute, et d’autres à voix basse. Ibn Kathîr conclut que la prière des uns et des autres est valable ; le plus simple est de suivre votre imam.
Dans le mushaf de la lecture de Hafs, dont le texte est donné plus haut, la basmala porte le numéro 1, selon le décompte des lecteurs de Koufa rapporté par Ibn Kathîr. D’autres décomptes ne la numérotent pas. Dans tous les cas, la sourate a sept versets.
Bien réciter la Fâtiha : les points qui changent le sens
Les savants distinguent deux sortes de points de prononciation. Ceux qui touchent au sens demandent le plus de soin : une faute faite exprès invalide la prière, et une faute faite par mégarde oblige à reprendre correctement le passage (an-Nawawî, cité par Islamweb). Ceux qui ne touchent pas au sens se travaillent aussi, mais une faute n’oblige pas à refaire la prière (Islamweb, d’après les juristes). Celui qui ne peut pas encore mieux prononcer est excusé (Islamweb).
Ce qui touche au sens :
- Iyyâka, avec le double y. Iyyâka veut dire « Toi » ; avec un y simple, iyâka veut dire « ta lumière » ou « ton soleil », d’après al-Qurtubî. Tenez bien le double y : iy-yâka.
- Anʿamta, avec un a. Avec un u, la phrase deviendrait « ceux que j’ai comblés » ; avec un i, elle s’adresserait à une femme.
- Iyyâka, avec un a final. Le k se prononce avec un a, jamais avec un i.
- Chaque lettre à sa place : ح dans al-hamdu (et non ه), ع dans naʿbudu (et non une simple voyelle), ض dans ad-dâllîn (et non د), ن dans nastaʿîn (et non م). Pour ض et ظ, dont les points de prononciation sont très proches, Ibn Kathîr retient que leur confusion est pardonnée à qui ne sait pas les distinguer.
- Les lettres doublées : rabbi, avec deux b. Pour la majorité des savants, la récitation n’est valable qu’en tenant les lettres doublées (Islamweb).
Ce qui ne touche pas au sens, mais se travaille aussi :
- L’allongement de wa la-d-dâllîn : six temps. Le raccourcir est une faute légère, qui n’oblige pas à refaire la prière (Islamweb).
Quand réciter la sourate Al-Fatiha
- Dans chaque rakʿa de chaque prière, obligatoire ou surérogatoire. Les cinq prières obligatoires comptent dix-sept rakʿât : pour celui qui prie seul ou en imam, on la récite donc au moins dix-sept fois par jour.
- Dans la prière funéraire : Ibn ʿAbbâs l’y a récitée « pour qu’ils sachent que c’est une sunna » (al-Bukhârî 1335). Les savants qui la récitent la placent après le premier takbîr (le premier « Allâhu akbar »), et notre guide de la salât al-janaza présente cette prière pas à pas.
- En ruqya, sur soi ou sur un malade, à tout moment (al-Bukhârî 5007).
- À tout moment, comme le reste du Coran.
Pour un défunt, ce qui lui profite par consensus, ce sont les invocations faites pour lui : notre guide des douas pour un défunt en donne les formules authentiques.
Pour finir
La Fâtiha tient en sept versets, mais elle contient tout le chemin du croyant : louer Allah, se souvenir du Jour dernier, L’adorer Lui seul, Lui demander Son aide, et Lui demander de rester sur le chemin droit. Allah y répond verset après verset, à partir de « al-hamdu lillâh ». La réciter en le sachant, à chaque rakʿa, change la prière. Pour continuer, la sourate Yâ-Sîn et la sourate al-Mulk sont présentées de la même façon, avec leur texte, leur phonétique et leurs mérites authentiques.
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